Vingt-six programmes de construction et de réhabilitation pour 1,4 milliard d’euros de financement et un paradoxe à lever d’ici à 2037. Voilà les enjeux du colossal chantier des établissements du CHU de Bordeaux présenté lundi 12 mai par le premier employeur de la région Nouvelle-Aquitaine et ses plus de 15 000 salariés. Présenté comme étant "sans égal en France" par le directeur général du CHU de Bordeaux, Vincent-Nicolas Delpech, il espère mettre fin à "ce décalage entre l’excellence des soins et la vétusté des infrastructures", a assuré le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic.
Préserver le foncier
18 opérations sont regroupées dans le cadre du programme "Nouveau CHU", chiffré à 1,1 milliard d’euros (900 millions d’euros de travaux et près de 200 millions pour les équipements). Ce dernier est financé à hauteur de 31 % (soit 342 millions d’euros) par des subventions de l’État (et de l’ARS) via le Ségur de la santé et comporte 22 % d’autofinancement, sachant que les dépenses d’investissement du CHU sont d’environ 45 millions d’euros par an.
Pour compléter, 6 % (67 M€) du budget est constitué de cessions foncières, volontairement limitées. "Le CHU dispose d’un très grand parc foncier (environ 115 hectares de terrain et 56 de bâti). La stratégie patrimoniale du CHU privilégie la valorisation et la conservation du maximum de foncier, afin de pouvoir poursuivre le développement des activités et des bâtiments hospitaliers, sans vendre les biens pour financer les investissements, comme l’ont fait d’autres CHU en France qui se sont ensuite retrouvés à l’étroit", précise Estelle Oussar, directrice du projet Nouveau CHU, citant notamment la revente du terrain de l’actuel centre Jean Abadie, pôle dédié aux enfants et adolescents, qui va rejoindre l’hôpital Saint-André.
Un endettement augmenté
40 % du financement du plan "Nouveau CHU" sera assuré par de l’emprunt bancaire, alourdissant sensiblement la dette financière de l’établissement, qui devrait passer de 171 millions d’euros (en 2023) à "450 millions d’euros en fin de programme, précise la directrice des finances Élodie Couaillier, ajoutant que "si elle s’alourdit, elle restera supportable. En comparaison avec d’autres CHU, on est aujourd’hui l’un des moins endettés, ce qui est évidemment un point fort pour défendre notre dossier, pour lequel des échanges sont assez avancés avec de grosses banques capables de nous suivre".
Sur les quelque 300 millions d’euros restant encore à financer, "le futur hôpital femme mère enfants (sur le site de Pellegrin) en représente à lui seul près de 200", précise la direction du CHU. Enfin, il faut ajouter à ces sommes "plus de 340 millions d’euros" pour des équipements, du matériel informatique et biomédical, inscrits au "plan courant de dépenses", soit un investissement atteignant quasiment 1,8 milliard d’euros.
"En comparaison avec d’autres CHU, on est aujourd’hui l’un des moins endettés, ce qui est évidemment un point fort pour défendre notre dossier, pour lequel des échanges sont assez avancés avec de grosses banques capables de nous suivre".
Rénovations et nouveaux bâtiments
Plus de 600 millions d’euros sont localisés sur le foncier de l’hôpital Pellegrin à Bordeaux, abritant notamment l’emblématique tripode de 13 étages, construit en 1978, qui va être rénové plutôt que reconstruit (dans une même logique de frugalité foncière). Les premiers chantiers ont débuté en 2023 et se poursuivent dans deux ailes de chirurgie orthopédique livrées "avant l’été". Un nouveau bâtiment, destiné aux services ambulatoires d’ORL et d’ophtalmologie, doit être construit sur la zone et des restructurations et relocalisations concerneront notamment la pharmacie et les urgences adultes (SAMU/SMUR).
L’autre grosse partie du chantier concernera le groupe hospitalier Sud : l’Ehpad de Lormont sera reconstruit en 2026 et le foncier de l’actuel établissement cédé. L’hôpital Xavier Arnozan de Pessac (Gironde) accueillera un nouveau bâtiment d’odontologie en 2027. Celui de Haut-Lévêque, voisin, a finalisé en juin 2024 le chantier du "plus grand lactarium (qui transforme le lait maternel en poudre, NDLR) de France" et doit construire d’ici à 2028 (pour 85 M€) un nouvel institut de biologie et de pathologie ; rénover l’hôpital cardiologique et regrouper plusieurs services de cancérologie (32 % des séjours au CHU étant liés à un cancer), maladies respiratoires, chirurgie thoracique, urgences et réanimation dans un nouveau bâtiment en 2032.
Enfin, l’hôpital Saint-André, en plein cœur de Bordeaux, va recentrer ses activités autour de la médecine de premier recours (prévention, dépistage, suivi…), de la santé publique et de l’innovation. Ses urgences seront relocalisées à Haut Lévêque.
Un effectif en croissance
Le CHU, qui accueille plus d’un million de patients chaque année, a aussi tenté de dissiper les craintes : pas question, dans les restructurations, d’inclure des réductions capacitaires ou de tailler dans les effectifs. 80 lits et 120 places supplémentaires sont promis (2 640 lits et 427 places en 2025) et l’établissement poursuit ses recrutements.
"La grosse crise RH post-Covid a entraîné beaucoup de départs et de fermetures de lits, mais les effectifs augmentent pour rattraper notre capacité d’avant crise. L’an dernier, on a notamment recruté 200 infirmières", précise Elodie Couaillier, assurant que "d’autres effectifs viendront suivre l’augmentation capacitaire du nouveau CHU. On retravaille aussi les organisations. Par exemple, dans toutes les unités de soin, nous ajouterons un préparateur en pharmacie, un logisticien et un responsable administratif pour décharger les aides soignants et les recentrer sur leur cœur d’activité".