2030. C’est presque demain mais assez loin tout de même pour imaginer quelques hypothèses à partir de tendances actuelles. C’est ce qu’a fait l’Apec, l’Agence pour l’emploi des cadres, avec son exposition immersive (et gratuite) baptisée "Travailler demain : Quels futurs se dessinent ?". Dans son tour de France, celle-ci s’est posée à Nice pendant deux jours et demi (attirant près de 330 visiteurs) avant de partir à Cannes en janvier et à Marseille.
Un an de travail et 400 sources étudiées
"Fin 2022, notre conseil d’administration paritaire a demandé d’être en mode prospectif sur les futurs du travail pour adapter notre conseil et notre accompagnement, explique Julie Roynette, responsable APEC Alpes-Maritimes et Corse. Après un an de travail et de recherche, recoupant près de 400 sources, nous avons souhaité partager notre regard pour permettre à tous nos clients de se projeter, qu’ils soient cadre en recherche d’emploi ou en poste, étudiants, enseignants, responsables RH, partenaires de l’écosystème… cela donne matière à réflexion."
De ce travail de fond, 14 tendances ont été dégagées sur "le travail hybride et le temps choisi", "la montée du travail au clic et des micro travailleurs", "faire carrière, la fin d’un marqueur social", "l’arrivée des robots parmi ses collègues", "la pénurie de talents dans le digital"…
Le salaire reste la motivation numéro 1
À partir de ces tendances "qui sont pour majorité d’entre elles déjà en œuvre", des scenarii sont proposés aux visiteurs : Thierry, 57 ans, en reconversion professionnelle, de la logistique à la restauration, se heurte douloureusement à la montée des certifications sur le marché de la formation, phagocyté désormais par les GAFAM ; responsable RH dans une grande entreprise, Aurélie doit gérer la nouvelle réglementation qui impose un "baromètre du bien-être au travail" et sa publication "dès janvier 2029", des décisions qui inquiètent les actionnaires.
Il y a aussi Mathis, Parisien expatrié qui travaille en 100 % télétravail pour une société française depuis le Sénégal où il dédie une grande partie de son temps à une association au profit de l’enfance. De l’importance du sens dans son quotidien. "Parmi les cadres, la question du sens a toujours été prépondérante, reprend Julie Roynette, mais cela s’est nettement accéléré avec l’effet du Covid. Dans nos enquêtes, s’il ressort que la première motivation reste le salaire, c’est désormais le salaire plus l’intérêt de la mission, plus la qualité de vie au travail, plus les sujets de marque employeur."
Des pistes de réflexion
Dans une ultime mise en scène, Élodie, aide-soignante dans un Ehpad a dû se reconvertir face à la montée de la robotique. Elle supervise désormais des robots qui assistent les humains. "Ce sont des suppositions, pas des prédictions, même si des robots sont déjà présents, appuie Florence Massiera, consultante au sein de l’Apec de Nice. Cette exposition souligne aussi nos contradictions : nous voulons plus d’humain mais aussi plus de technologie, on voit aussi la précarisation pour les uns qui devient une plus grande liberté pour d’autres… Ces évolutions entraînent ainsi toute une cohorte de questions."
Alors in fine, comment travaillerons-nous dans cinq ans ? "Pour reprendre par exemple le sujet de la digitalisation des entreprises, on la voit clairement puisque c’est ce qui génère de l’emploi cadre, reprend Julie Roynette. Tout comme l’IA dont les entreprises s’emparent et dont les candidats doivent aussi s’emparer dans leur recherche d’emploi. Ce sont des évolutions qui sont en marche. Quant aux modes de travail, les entreprises sont-elles prêtes à assouplir les choses, à accepter d’avoir leurs salariés à distance alors que se pose la question du management, de la cohésion d’équipe. Impossible de prédire l’avenir."