La modélisation moléculaire. C’est la spécialité de la jeune société limougeaude Insilibio, née en 2019 des travaux de deux professeurs universitaires, le limougeaud Patrick Trouillas et le tchèque Michal Otyepka. Hébergée dans la technopole Ester, l’équipe de 7 personnes, experte en chimie quantique (qui étudie la dynamique réactionnelle des molécules) a quitté en avril le Réseau Entreprendre en Limousin après deux ans d’accompagnement.
Un intermédiaire dans la création de médicaments
"Notre métier, c’est d’essayer de comprendre le fonctionnement des molécules dans des environnements modélisés à façon, résume Maxime Jouaud, dirigeant et fondateur d’Insilibio. Nous sommes capables, grâce à nos simulations numériques, de prédire le comportement d’une molécule ou d’une formule dans de nombreux environnements : la peau, le tissu digestif ou la cornée des yeux, par exemple, poursuit l’entrepreneur, titulaire d’un doctorat en neurosciences. Ça permet à nos clients d’aller vite pour développer leurs produits en toute fiabilité et à moindre coût ".
Insilibio est née grâce à l’apport financier de la holding familiale Jouaud Investissements, abondé par deux sociétés de plasturgie.
La start-up, qui se pose en intermédiaire de la chaîne de production de nouveaux médicaments, affiche aussi la promesse, en réalisant de nombreux tests en amont, de réduire la quantité de molécules à tester sur des animaux dans l’industrie pharmaceutique.
Atout stratégique
La jeune pousse a décroché dès sa première année un contrat avec le CHU de Québec pour l’étude d’une pathologie de l’œil. Aujourd’hui ses clients sont majoritairement de grands groupes comme LVMH ou Yves Rocher sur trois marchés : la pharmacie, la cosmétique et l’agroalimentaire. "Nous avons aussi été récemment démarchés par des fabricants de filtres ou de batteries, souligne Maxime Jouaud, car nous adressons toutes les industries utilisant de la chimie".
Insilibio ne travaille pas que sur des produits en cours de développement : elle est aussi un atout stratégique pour les industriels souhaitant réaliser du marketing scientifique ou prolonger leurs brevets. "On sert de caution de solidité scientifique pour valoriser la propriété industrielle", confirme le dirigeant.
Un modèle qui s’exporte
La start-up vend ses rapports et solutions de modélisation plurimédias (visuels, animation 3d, réalité virtuelle) à des clients majoritairement internationaux, notamment en Suisse, au Luxembourg ou aux États-Unis.
Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 300 000 euros en 2023, qu’elle espère doubler cette année, et assure être "déjà rentable", le tout sans aucune levée de fonds et aucun projet en ce sens. "La cosmétique est le secteur qui nous a portés sur nos débuts, pour réaliser notre preuve de concept. Leur attrait pour l’innovation a joué. Les paniers moyens sont en revanche plus importants dans la pharmacie, qui représente aujourd’hui la majorité de notre chiffre d’affaires", confie Maxime Jouaud.
L’entreprise qui a recruté trois personnes l’an dernier cherche actuellement un assistant de direction et un développeur commercial pour doper sa prospection client, jusqu’à présent essentiellement réalisée lors de salons professionnels. Elle vise un million d’euros de chiffre d’affaires sur la période 2025-2026.