Dans un marché de l'automobile européen et spécifiquement hexagonal que l'on dit atone, difficile d'imaginer qu'un chimiste produisant des caoutchoucs destinés à la fabrication des pneus tire aussi bien son épingle du jeu. C'est pourtant bien ce que revendique le groupe allemand Lanxess qui a repris en 2004 le site de Port-Jérôme qui fête cette année ses cinquante ans d'existence: avec 8.775millions d'euros de chiffre d'affaires au plan mondial en 2011 (+23%), le groupe réalise d'ailleurs la meilleure performance depuis sa création.
Une longueur d'avance dans le «pneu vert»
Présent le 30mai dernier à Port-Jérôme, le président du groupe Axel C.Heitmann a confirmé la volonté de Lanxess d'investir pas moins de 30millions d'euros sur son site normand d'ici à 2015. Une enveloppe qui, outre le fait qu'elle double le montant des investissements déjà réalisés depuis 2004, doit permettre à Port-Jérôme d'adapter au mieux son outil industriel aux nouvelles productions mises sur le marché par le chimiste. De nouvelles molécules en développement depuis près de huit ans sur lesquelles Lanxess veut s'appuyer pour prendre une vraie longueur d'avance sur ses concurrents dans le domaine du «pneu vert».
10% d'économie sur la consommation de carburant?
«Le pneu représente près d'un tiers de la consommation de carburant d'une voiture», explique Axel C.Heitmann. Lanxess met à disposition des fabricants de pneumatiques des nouvelles molécules qui doivent permettre, annonce l'industriel, «d'économiser 30% de la consommation de carburant générée par un pneu», soit près de 10% d'économie sur la consommation totale de carburant du véhicule, «mesurable par le conducteur à chaque plein!» Pour Lanxess «qui investit lourdement pour développer ces nouvelles molécules», dixit son président, le pari pourrait bien être gagnant: «aujourd'hui, le top10 des fabricants mondiaux utilise nos molécules; et les cent suivants y viendront», assure Axel C.Heitmann. Pour Port-Jérôme, site normand du groupe qui emploie 220 personnes pour une capacité annuelle de production de l'ordre de 140.000 tonnes, l'enjeu est de taille. Lanxess prévoit en effet 30millions d'euros d'investissements d'ici à 2015 pour optimiser ses productions de butadiène hautes performances catalysé au néodyme (Nd-PRB) et de styrène-butadiène polymérisé en solution (S-SBR) utilisés essentiellement dans la fabrication de «pneus verts». Pour l'heure, 60% des produits fabriqués à Port-Jérôme sont utilisés dans des applications liées à la «mobilité verte». Le tout dans un contexte général favorable au «pneu vert» dont le marché mondial est en expansion, estime le représentant de Lanxess.
Qualité de freinage et consommation en baisse
Mais pour convaincre totalement les fabricants de pneumatiques, Lanxess a dû travailler sur tous les fronts, et pas uniquement sur la réduction de la consommation d'énergie. «La durée de vie du pneu est l'élément central de cette nouvelle technologie», explique Axel Heitmann. «Jusque-là, les fabricants devaient faire des compromis entre d'une part la consommation d'énergie et d'autre part la qualité du freinage». Le chimiste allemand revendique l'alliance au sein d'un même produit de ces différents atouts. Des produits en développement permanent, explique Joachim Grub qui dirige la Business Unit Performance Butadiène Rubber de Lanxess dont dépend le site de Port-Jérôme. «Notre portefeuille caoutchouc évolue perpétuellement». Le groupe qui investit actuellement près de 220millions d'euros pour développer à Singapour un site comparable à celui de Port-Jérôme, produit également ces nouvelles molécules sur ses sites de Dormagen en Allemagne, Orange au Texas et Cabo au Brésil.
Guillaume Ducable
chimie. Le chimiste allemand qui fête cette année les cinquante ans du site de Port-Jérôme, dont il a repris les rênes en 2004, confirme son orientation vers la «Green Mobility» et annonce de nouveaux investissements dans la région.