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Les dirigeants de KS Groupe transfèrent leur capital à leur fonds de dotation
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Les dirigeants de KS Groupe transfèrent leur capital à leur fonds de dotation

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Un an après avoir adopté le statut d’entreprise à mission, les dirigeants de KS Groupe, acteur alsacien du BTP notamment reconnu pour ses projets industriels clés en main, vont progressivement transmettre la majorité du capital de l’ETI familiale à leur fonds de dotation.

Édouard et Jérôme Sauer, les deux dirigeants de KS Groupe — Photo : Etienne List

C’est la première entreprise issue du secteur du BTP et, tout simplement, du Grand Est à franchir le pas. Un an après avoir adopté le statut d’entreprise à mission, Jérôme et Édouard Sauer, les deux dirigeants de KS Groupe, ont décidé de transmettre gratuitement l’entreprise familiale à la fondation KS Groupe, créée en 2021, sous la forme d’un fond de dotation. Un choix fort pour les deux frangins à la tête d’une structure implantée à Bischheim (Bas-Rhin), à côté de Strasbourg, et qui emploie 400 salariés pour un chiffre d’affaires consolidé de 170 millions d’euros en 2023.

"En se dépossédant et en déshéritant quelque part nos enfants, on leur montre qu’il faut également penser aux autres."

"Même s’il n’est pas complètement mature en France, ce nouveau modèle permet de répondre à de nombreuses problématiques ayant trait à nos convictions et à nos valeurs", indique Jérome Sauer, directeur général de KS Groupe qui entend positionner son entreprise sur le curseur du bien commun. "Au-delà de la sphère familiale, il y a une notion de transmission de valeurs. On souhaite montrer qu’il n’y en a pas que pour nous ; il y a une notion d’altruisme, de bien commun et d’intérêt général. En se dépossédant et en déshéritant quelque part nos enfants, on leur montre qu’il faut également penser aux autres".

Un fond de donation appelé à être actionnaire majoritaire de KS Groupe d’ici dix ans

Cette décision a germé il y a deux ans chez les deux dirigeants de KS Groupe. Aujourd’hui, les deux frères vont injecter 5 % du capital de l’entreprise dans le fonds de dotation. "C’est pour lancer la démarche, la structurer et continuer à apprendre. Par contre, on va aller plus vite ensuite avec une vague de dons, tous les deux à trois ans, où nous redonneront 10 % de plus. Ceci afin que notre fonds de dotation devienne actionnaire majoritaire du groupe dans une dizaine d’années", détaille le dirigeant alsacien.

Des actions en faveur de l’inclusion et de l’environnement

Avant l'ancrage décisif de leur entreprise dans la philantropie, Édouard et Jérôme Sauer avaient versé plus d'un million d'euros à la fondation de KS Groupe. "Sur cette somme, 700 000 euros ont été redistribués à une quarantaine d’associations", détaille Jérôme Sauer. À ce titre, une douzaine de salariés de KS Groupe se trouvent à la manœuvre pour l’arbitrage de projets portés par des associations locales avant validation du conseil d’administration du fonds de dotation de l’ETI alsacienne. Celle-ci priorise les actions envers l’environnement et la préservation de la biodiversité ainsi que l’inclusion des personnes en situation de handicap, ne serait-ce qu’au travers de l’emploi et de l’accès au logement. Dans ce cas, KS Groupe s’est récemment retrouvé opérateur, via son fonds de dotation, du développement d’un habitat inclusif pour adultes autistes, géré par une association employant du personnel spécialisé, dans le quartier de La Robertsau à Strasbourg.

Entre admiration et suspicion, un virage entrepreneurial qui interpelle

Le virage opéré par les deux dirigeants de KS Groupe interpelle leurs homologues chefs d’entreprise. Cela suscite aussi bien de l’admiration que de la suspicion chez certains. "On sait qu’on se lance dans l’arène de la pédagogie pour bien expliquer ce nouveau modèle", précise Jérôme Sauer. "On va jouer ce rôle de plaidoyer car on pense que c’est un modèle gagnant pour tout le monde. Aussi bien pour la famille que pour l’entreprise qui sera sécurisée et s’inscrira dans le temps long. De même, notre marque employeur va forcément y gagner".

L’exemple du Danemark

Pour cela, Jérôme Sauer regarde autour de lui en Europe. "L’Allemagne, le Danemark, voire la Suisse, sont en avance sur nous sur ce sujet. Des études universitaires montrent que les entreprises détenues par une fondation sont plus résilientes" tout en mentionnant qu’elles ont "six fois plus de chances de survivre sur quarante ans" en citant le cas du Danemark où 70 % de la bourse nationale est occupée par des sociétés ayant pour modèle celui que vient d’adopter KS Groupe. "Là-bas, c’est presque devenu une norme. Cela démontre qu’il y a quelque chose, ce n’est pas juste un doux rêve", conclut Jérôme Sauer.

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