C’est une première au sein du centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède. Un atelier chantier d’insertion vient d’être inauguré pour dresser des ponts entre le dedans et le dehors. Sa particularité ? C’est qu’en plus d’offrir un emploi salarié, assorti d’une formation, aux détenus, il leur offre un accompagnement pour préparer leur sortie, accompagnement réalisé par l’ADCE 83, une association qui aide à la résolution, en tout ou partie, des freins périphériques à l’emploi.
Le nord rencontre le sud
Ce dispositif est porté par une structure d’insertion par l’activité économique WallBreaker (5 salariés), fondée par Morgane Keromnes dans le Nord, à Amiens. En s’installant au sein de la prison de La Farlède, elle essaime pour la première fois. Dans cet atelier toulonnais, huit détenus, tous volontaires, se forment à la réparation de petits appareils électroménagers. "C’est en décrochant le prix national Dedans-Dehors, dont l’objectif est de repérer et accompagner des innovations dans le secteur de l’insertion professionnelle des personnes placées sous main de Justice que la Direction interrégionale des services pénitentiaires du Sud-Est nous a contactés en mars 2023. En juin de cette année, l’atelier a été officiellement ouvert", raconte Morgane Kermones. Et, il a été inauguré le 12 novembre 2024 pour "montrer les choses positives" qui se déroulent derrière les murs, selon les mots de Pierre Gadoin, adjoint au directeur interrégional des services pénitentiaires.
Des détenus nombreux à vouloir travailler
Pour le secrétaire général adjoint de la Préfecture du Var, Jean-Baptiste Morinaud, un atelier comme celui-ci mène deux objectifs : "Il montre que les détenus restent des citoyens, que leur réinsertion dans l’activité économique est un droit commun que nous devons pouvoir leur offrir. Il répond par ailleurs à un besoin réel du marché de l’emploi en permettant aux participants d’acquérir des compétences techniques transférables."
Il vient aussi conforter l’un des 50 objectifs principaux du gouvernement, à savoir développer le travail en détention. Au centre pénitentiaire de Toulon, 60 à 100 détenus travaillent, via des concessions, pour le compte de 17 entreprises, parmi lesquelles l’Imprimerie Dullac, l’entreprise agroalimentaire Savor & Sens ou encore Mediapost. Pour certains, "c’est un premier emploi, pour d’autres, c’est un moyen de vivre ou une préparation à la sortie", explique la directrice adjointe du centre, Quitterie Lamoureux.
Une double vocation : sociale et environnementale
"En plus d’une empreinte sociale, nous voulions avoir une empreinte environnementale positive", confie Morgane Kermones. L’atelier récupère des petits électroménagers hors d’usage auprès des ressourceries pour les réparer ou en extraire des composants. Une fois réparés, les appareils sont remis dans le circuit via les mêmes ressourceries, via des partenariats avec des magasins comme Troc de l’île ou encore via une boutique en ligne, à Amiens. Là-bas, la formule a fait ses preuves : "En trois ans, 45 détenus ont pu être accompagnés et 15 à 20 d’entre eux ont effectué une sortie, dite positive, basculant vers une formation, une insertion ou un emploi ", explique la fondatrice de WallBreaker.