Plus de 2 milliards de litres de bière ont été consommés en France en 2023. Cette production génère plus de 600 000 tonnes de résidus solides, appelés drêches. Pour valoriser ces déchets inexploités, Franck Grossel, ébéniste et designer produit, soucieux de l’environnement et amateur de bière, fonde en 2020, juste avant l’épidémie de Covid, la société Instead. Née dans les Hauts-de-France, celle-ci migre en 2022 vers Nantes, où Franck Grossel rencontre Christophe Pilcher. Directeur marketing à la recherche d’un projet entrepreneurial à impact, ce dernier devient le deuxième associé d’Instead en 2023. En mai 2024, la start-up désormais nantaise ouvre, au nord de la ville, sa première "brasserie de mobilier".
Un matériau innovant et durable
Installée sur un site de 280 m², celle-ci conçoit et fabrique du mobilier écoresponsable à partir d’un matériau innovant, qui a nécessité trois ans de R & D. Appelé Balt (pour bois de malt), ce matériau est issu du brassage de la drêche de bière et d’emballages alimentaires à usage unique recyclés. 100 % biosourcé et 100 % recyclé, d’un aspect comparable à celui du marbre organique, il offre une alternative aux matériaux traditionnels. "Notre ambition est de réinventer la consommation de mobilier en France en proposant des alternatives durables et recyclées", expose Franck Grossel. Ainsi, tout le procédé de production a été pensé pour minimiser son impact carbone. Les drêches sont collectées chez des partenaires brasseurs, puis séchées en utilisant la chaleur fatale d’industries voisines. Les structures métalliques des meubles sont fabriquées à un quart d’heure de l’entreprise avec 40 % d’acier recyclé. Chaque pièce de mobilier est démontable pour permettre de la réparer et de la recycler. "Nos produits sont 100 % nantais. Or, les meubles made in France ont une empreinte environnementale deux fois inférieure aux meubles importés de Chine", souligne le dirigeant.
Réindustrialisation verte
Les chaises, tabourets et tables fabriqués par Instead ciblent essentiellement la clientèle des professionnels de l’habitat et du design : architectes d’intérieur, décorateurs, agenceurs, designers produits… La start-up nantaise met également son éco-matériau à la disposition des professionnels pour la conception d’objets, de revêtements, d’habillages, de produits…
La start-up nantaise, qui emploie six salariés, compte sur sa première participation au salon Maison et Objet, en septembre 2024, pour faire la promotion de son concept. "En parallèle, nous cherchons à développer de nouveaux matériaux bas carbone à partir d’autres boissons générant des déchets, comme le cidre ou les jus de fruit. Notre ambition est de concilier réindustrialisation et décarbonation pour tendre vers un modèle de production plus local et plus responsable", pointe Franck Grossel. Un enjeu écologique et économique au regard des chiffres : entre 2017 et 2022, le nombre d’éléments d’ameublement mis sur le marché en France a quasiment doublé (étude Zero Waste France 2024), 52 % étant importés.