"La sélection des zones d’implantation des parcs éoliens en mer donne de la visibilité aux industriels"
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Matthieu Blandin membre de la commission offshore de France Renouvelables "La sélection des zones d’implantation des parcs éoliens en mer donne de la visibilité aux industriels"

Deux zones dans la Manche, une au large de la Bretagne, une dans le Golfe de Gascogne et une en Méditerranée. Le gouvernement vient de publier les cartes des zones d’implantation des futurs parcs éoliens en mer. Une bonne nouvelle pour la filière française de l’éolien offshore, explique Matthieu Blandin, membre de la commission offshore de France Renouvelables, l’association représentative de la filière éolienne en France.

Matthieu Blandin, directeur stratégie offshore de Valemo, administrateur du cluster Neopolia et membre de la Commission offshore de France Renouvelables — Photo : David Pouilloux

Une publication importante sur l’avenir de l’éolien offshore vient d’être effectuée au Journal officiel. Quelle étape marque cette publication dans le développement de cette filière énergétique en France ?

Il s’agit de la restitution par l’Etat de ses arbitrages qui font suite aux conclusions du débat public "La Mer en Débat", au regard des objectifs nationaux en matière de déploiement de l’éolien en mer pour décarboner rapidement nos usages énergétiques (l’ambition de l’Etat est de disposer d’une capacité de 45 GW pour que l’éolien en mer fournisse 20 % de la consommation d’électricité en France en 2050, NDLR). La puissance cumulée est de 9,2GW qui seront mis en procédure d’appel d’offres dans le cadre de l’AO 10, composé de plusieurs lots. La filière est ravie de ces annonces qui donnent de la visibilité aux industriels.

Carte des futures zones d’implantations des parcs éoliens — Photo : Le JDE

Quels sont les grands enseignements à en tirer, notamment sur les zones d’implantation choisies ?

Il y a d’abord une réparation sur chaque façade maritime au regard de ses capacités d’accueil : 2x2GW (posés) en Manche Est Mer du Nord, 1x2GW (flottant) sur en Nord Atlantique Manche Ouest, 1×1,2GW (flottant) en Atlantique Sud et 1x2GW (flottant) en Méditerranée.

L’Etat mise beaucoup sur l’offshore flottant. Cela va nécessiter des aménagements portuaires majeurs et complémentaires sur chaque façade maritime.

Les Pays de la Loire ne sont pas représentés sur les nouvelles cartes d’implantation, alors que cette région a accueilli le premier champ éolien français. Comment expliquer cela ?

Il y a eu au printemps dernier un fort lobbying des élus vendéens et des pêcheurs. Cela sera sûrement au détriment d’une énergie plus compétitive en termes de prix pour les consommateurs et d’un moindre recours à la sous-traitance locale possible avec l’offshore posé qui est plus mature. C’est regrettable.

La filière industrielle française était portée sur l’éolien offshore posé. Il semble que l’éolien flottant soit privilégié dans ces annonces. Notre filière pourrait-elle en souffrir ? Et peut-elle s’adapter ? La technologie est-elle prête ?

C’est un pari sur l’avenir qui est jouable si les investissements nécessaires, notamment au niveau portuaire, sont réalisés. La structuration de la chaîne de valeur industrielle franco-européenne, depuis les fabrications des fondations flottantes jusqu’à la maintenance en passant pas les moyens maritimes, sera un facteur de réussite déterminent. Il va reposer grandement sur les futurs cahiers des charges qui doivent favoriser le contenu local industriel.

L’accompagnement de l’innovation technologique, notamment sur des sites d’essai adaptés à la certification de différentes technologies sera essentiel.

Pour ce qui est de la taxe éolienne, comment les collectivités vont-elles se partager le gâteau, qui pourrait atteindre 200 millions d’euros annuels pour les 10 gigawatts envisagés en termes de poses dans les dix à quinze ans à venir ?

C’est une très bonne question puisque le sens de la taxe éolienne est de compenser certains impacts. Si les éoliennes ne sont pas visibles de la côte, la quote-part affectée aux collectivités sera sûrement discutable. D’autant plus que les parcs offshore flottants nécessiteront beaucoup plus d’investissements tout en cherchant la compétitivité du coût de l’énergie produite. Ça semble paradoxal pour des territoires qui doivent financer les conséquences du changement climatique sur leur trait de côte que de se priver des retombées économiques de l’éolien en mer qui concourt justement à lutter contre le changement climatique…

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