La savonnerie Rampal Latour poursuit sa croissance avec l’intégration de la Compagnie de Provence
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La savonnerie Rampal Latour poursuit sa croissance avec l’intégration de la Compagnie de Provence

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Avec le rachat de la Compagnie de Provence, la savonnerie Rampal Latour poursuit sa croissance et se positionne désormais en France et à l’export avec deux marques.

C’est en 2016 que Rampal Latour a installé son usine sur son site actuel — Photo : D.R.

La savonnerie Rampal Latour, basée à Salon-de-Provence dans les Bouches-du-Rhône, a récemment réalisé sa toute première opération de croissance externe avec la reprise de La Compagnie de Provence, basée à Aix-en-Provence et jusque-là propriété du groupe italien Istituto Ganassini. Une acquisition qui marque un tournant significatif pour les deux entreprises, en leur permettant de mettre en place des synergies prometteuses afin de conquérir de nouveaux marchés, tant en France qu’à l’international. "Depuis vingt ans, nous n’avions enregistré que de la croissance organique", souligne Jean-Louis Plot, qui a pris la direction de la savonnerie Rampal Latour en 2004. Depuis cette date, l’entreprise est ainsi passée de 5 à 50 salariés et le chiffre d’affaires de 600 000 euros à 8 millions d’euros. Rampal Latour propose 130 références, dont un tiers en savon de Marseille traditionnel.

Jean-Louis Plot, dirigeant de Rampal Latour depuis vingt ans — Photo : Jean-Yves LIENS -  alphaphoto.fr

"En début d’année, j’ai été approché par le directeur général de la Compagnie de Provence, qui a été créée dans les années 1990 par deux Marseillais qui se sont alors fait connaître grâce à leur approche innovante du savon de Marseille, notamment en introduisant en 1999 une version liquide dans un flacon pompe moderne. Cette innovation a marqué un tournant dans le secteur et a permis à la marque de s’imposer comme une référence dans le domaine des soins et des produits d’hygiène", rappelle Jean-Louis Plot. Dans les années 2000 la Compagnie de Provence a ensuite été cédée au groupe italien Istituto Ganassini (800 salariés) qui commercialise différentes marques dermo-cosmétiques, principalement vendues en pharmacie et qui souhaitait développer un réseau de boutiques en France.

Intégrer une production de la Compagnie de Provence jusqu’ici sous-traitée

"Quand nous nous sommes rencontrés, le groupe italien a exprimé sa volonté de recentrer son activité sur la fabrication de cosmétiques destinés à la vente en BtoB", poursuit le dirigeant de Rampal Latour. Souhaitant se délester d’une partie de ses actifs, le groupe a ouvert la porte à la cession de la célèbre marque de savon. De son côté, Jean-Louis Plot envisageait de nouvelles pistes de croissance. En juin, après six mois de négociations et de réflexion, Rampal Latour a ainsi officialisé cette acquisition stratégique, qui lui permet non seulement de diversifier son portefeuille de produits mais également de consolider sa position sur un marché toujours plus compétitif.

Des sociétés déjà présentes à l’international

"La Compagnie de Provence sous-traitait sa production. Nous allons naturellement intégrer une partie de leur fabrication dans nos ateliers de Salon-de-Provence", détaille le chef d’entreprise. Avant d’ajouter : " Nous sommes totalement complémentaires. La Compagnie réalise du savon liquide et nous sommes principalement positionnés sur des savons solides".

12 millions d’euros

Par ailleurs, la Compagnie de Provence est très présente à l’export, dans un réseau de plus de 3 000 revendeurs dans le monde. Elle réalise ainsi 70 % de son chiffre d’affaires sur les marchés étrangers, en Amérique du Nord, Allemagne, Scandinavie, Italie ou encore Taïwan. Alors que pour Rampal Latour, l’export ne représente actuellement que 25 % du chiffre d’affaires.

Élargir les réseaux de distribution

La fabrication du savon de Marseille répond aux conditions d’un édit de Colbert de 1688, comme le rappelle le dirigeant de Rampal Latour, Jean-Louis Plot — Photo : D.R.

Désormais, bien évidemment les deux marques vont être systématiquement proposées aux distributeurs de l’une et l’autre sociétés. "Non seulement, nos gammes sont complémentaires, mais en France, notre distribution l’est également. Nous sommes positionnés dans les magasins Bio (Biocoop et Naturalia), tandis que la Compagnie de Provence est présente dans des réseaux liés à la décoration, à la maison et à l’aménagement ou encore en pharmacie (Marionnaud, La Grande Épicerie, Monoprix, Lagardère, Stockmann, Manor, Globus, Ahlens, Myers, Citta Desig…). Ce rachat permet en outre de faire revenir en France une entreprise qui était passée sous pavillon italien ". Le rapprochement des deux entreprises conduit à une structure de 70 salariés, réalisant un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros.

7 boutiques en propre

En conservant les deux marques, cette fusion enrichira par ailleurs les gammes d’ores et déjà proposées dans les cinq boutiques Rampal Latour, qui représentent plus de 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. La Compagnie de Provence dispose en outre de deux boutiques, à Marseille et Nice. La production des deux entreprises s’élève à 1 300 tonnes de savon par an, dont 1 000 tonnes pour la savonnerie Rampal Latour.

Associer tradition et innovation

Depuis 1828, Rampal Latour cultive un authentique savoir-faire artisanal dans la fabrication du véritable savon de Marseille en chaudron. L’entreprise bénéficie du label Entreprise du Patrimoine Vivant, soulignant son rôle essentiel dans la préservation des méthodes de fabrication traditionnelles. "Nous travaillons sur un produit traditionnel, le savon de Marseille, mais nous faisons naturellement progresser le procédé, comme il a naturellement évolué depuis l’édit de Colbert de 1688, date à laquelle le ministre de Louis XIV a réglementé la fabrication du savon de Marseille, imposant notamment la teneur de 72 % en huiles végétales, les graisses animales étant interdites" précise le dirigeant. Pour ce dernier, trois critères demeurent ainsi essentiels à la fabrication d’un véritable savon de Marseille : les matières premières - qui doivent se limiter à de l’huile végétale, de la soude, du sel et de l’eau -, la fabrication au chaudron et le respect des cinq étapes clés du process. Le savon ne doit également comporter ni parfums, ni colorants.

Protéger l’environnement

Dans une optique d’innovation, depuis que Rampal Latour a investi en 2016 dans une nouvelle usine résolument moderne de 2 500 m² à la périphérie de Salon-de-Provence, dans le parc d’activités de La Crau, deux brevets ont été déposés, permettant de diviser par trois l’empreinte carbone de la fabrication. "Le process du savon de Marseille nécessite naturellement beaucoup d’eau et les innovations de la savonnerie ont permis de réduire cette consommation, indique notamment le dirigeant. Et notre fabrication nécessite aujourd’hui quatre fois moins d’eau et sept fois moins d’énergie par tonne de savon. En faisant évoluer la tradition, nous réalisons des actions positives pour l’environnement et les utilisateurs."

En outre, une partie de la glycérine naturellement générée par le processus de fabrication demeure désormais dans le savon, le rendant davantage hypoallergénique. Une solution développée en partenariat avec deux ingénieurs de l’Institut français du pétrole spécialistes des biocarburants. "La glycérine a d’importantes vertus d’hydratation et de protection de la peau. Notre savon est ainsi trente fois moins desséchant", souligne le dirigeant.

Le label d’Entreprise du Patrimoine Vivant contribue entre autres à l’innovation. "Dans la charte du label, il est précisé que pour qu’une tradition demeure vivante, elle doit innover et ne pas se transformer en un musée poussiéreux", rappelle-t-il. De son côté, la Compagnie de Provence a mis sur le marché des dentifrices bio proposés dans des emballages en verre rechargeables.

Obtenir l’IGP

Autre enjeu pour Rampal Latour, l’instauration d’une indication géographique protégée ou IGP, car la mention savon de Marseille génère beaucoup de confusion. "Il existe ainsi beaucoup de contrefaçons, notamment venant d’Asie. Depuis 2016, je milite donc pour l’obtention d’une IGP. Actuellement, aucun des deux cahiers des charges qui ont été présentés par les deux associations de savonniers n’a été retenu par l’INPI. Nous devons parvenir à trouver un compromis ", commente Jean-Louis Plot. Pour le chef d’entreprise, l’obtention d’une indication géographique protégée n’empêchera pas l’arrivée d’autres producteurs selon leurs propres méthodes, mais permettra aux consommateurs de s’y retrouver.

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