Vous avez récemment réalisé avec Cadence Design System, une importante opération de réemploi de mobilier de bureau. En quoi cela consistait-il ?
La filiale de l’américain Cadence Design Systems (acteur mondial de la conception électronique, NDLR) située à Sophia Antipolis nous a contactés il y a deux ans, en amont de son déménagement qui s’est fait en mars dernier. L’entreprise s’installait dans des locaux, plus grands. Nous avons réalisé un inventaire, un diagnostic complet des 130 postes de travail figurant dans leur bâtiment d’alors. Finalement, le siège du groupe aux États-Unis n’a pas validé le réemploi de mobilier. Localement, la direction a dû s’y plier mais a tout fait pour ne rien jeter. C’est là que nous sommes de nouveau intervenus, pour empêcher que tout parte à la benne.
Et qu’avez-vous pu "sauver" exactement ?
Nous avons sauvé de la déchetterie 12 tonnes de bureaux, armoires, caissons, sièges, tables de réunion… Nous avons pour cela organisé des ventes de mobiliers d’occasion, en créant une plateforme de vente en ligne avec photos et descriptif.
Nous avons démonté de vieux panneaux acoustiques que nous avons installés sous un préau, dans une école du Broc, près de Nice. Nous sommes vraiment dans de l’économie circulaire, c’est tout l’objectif.
Quel était le profil des acheteurs ?
Il y a eu trois entreprises. Miroiterie 06 à Grasse, qui s’agrandissait, a pu aménager ses nouveaux locaux avec cuisine, canapés, bureaux… Confi’13 près d’Aix-en-Provence, et The Friendly Coworking près de Tours (Indre-et-Loire), un espace de coworking qui a pour principe de s’équiper à 100 % en mobilier de seconde vie, pour lequel on a organisé le transport et la logistique.
Certains éléments ont par ailleurs été donnés à la ressourcerie La Courtoise à Brignoles.
Finalement, nous n’avons jeté que 20 %. C’est quand même 20 % mais cela aurait pu être 100 %.
Ce type d’opérations reste rare. Diriez-vous que la RSE a été reléguée au second plan dans les préoccupations des entreprises ?
Honnêtement, je pense que oui. Depuis deux ans que nous développons Mobidiq, nous constatons que la RSE est dans les discours, dans les engagements et les volontés affichées… mais dans les faits, dès qu’il faut passer à l’acte, à la prise de décision, convaincre en interne, remonter tous les échelons, c’est beaucoup plus long et lent que nous le pensions.
Par cette opération, Cadence a économisé plus de 21 000 euros. Mais pour beaucoup, l’argument économique ne suffit pas.
Quels freins demeurent ?
Le premier selon moi, c’est l’habitude. On se pose la question, en fait : on s’installe, on achète du neuf. On suit le cahier des charges.
Il y a peut-être aussi la simplicité de ces habitudes. C’est-à-dire qu’il faut un peu sortir de sa zone de confort, penser les projets en amont d’un déménagement ou d’une rénovation. Or, ce n’est ni plus simple ni plus compliqué, c’est juste différent dans l’approche.
Beaucoup de choses sont pourtant bien faites au niveau français, européen, comme la directive CSRD (rapport de durabilité des entreprises) ou la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (dite loi AGEC, qui impose aux administrations de consacrer 20 % de leur budget mobilier à des produits issus du réemploi, de la réutilisation ou intégrant des matières recyclées, NDLR) mais la mise en route reste lente. Mais on y croit, il faut tenir.
À quel moment une entreprise doit-elle vous intégrer dans son processus de déménagement ?
Idéalement, au moins quatre à six mois avant. Cela nous permet de venir diagnostiquer l’état du mobilier de bureau actuel, d’avoir toutes les données, de prendre connaissance du futur projet, du nombre de salariés, de leurs besoins, de l’organisation, de savoir si l’entreprise veut tout passer en blanc ou en noir… Nous pouvons ainsi déterminer précisément le potentiel de mobilier existant qui peut être conservé, le coût de réparation, de mettre en place la vente ou le don de ce qui ne sera pas gardé.
Quelles sont vos perspectives ?
Nous avons travaillé dernièrement sur deux gros projets, notamment avec un contractant général qui est sur des très, très gros projets d’aménagement d’entreprises. Nous serions son prestataire.
Nous essayons ainsi de développer des cibles et axes différents. Car en direct, les entreprises sont difficiles à convaincre. Avec les aménageurs de bureaux, c’est bien mais ça prend du temps. Nous essayons donc de taper aussi aux portes des contractants généraux au niveau national et qui ont des projets locaux.