Créée en 2011, la marque booa, initialement positionnée sur le secteur de la construction de maisons individuelles à ossature bois, devient une société à part entière après une opération de filialisation. Basée à Châtenois dans le Bas-Rhin, la nouvelle entité s’émancipe ainsi du groupe familial Burger & Cie, implanté dans la commune voisine de Lièpvre, situé dans le Haut-Rhin, qui conserve ses activités de fabrication d’aménagements intérieur et extérieur en bois, via ses marques Grad et Kordo, après s’être séparé de Jardipolys acquise par le nordiste Forest Style en mars 2024.
Pour booa, cette opération doit lui permettre d’accélérer sur le secteur de la construction hors site et d’affirmer son identité sur ce marché. Si la filiale reste majoritairement détenue par Burger & Cie, elle vient d’accueillir un partenaire industriel à son capital, dont l’identité demeure secrète, tout comme son apport et le montant de la levée de fonds opérée dans la foulée. "Le passage en société nous a permis en parallèle de faire une augmentation de capital pour nous apporter les fonds nécessaires à notre développement", dévoile Lou Burger, directrice générale de booa et représentante de la sixième génération de l’entreprise familiale fondée en 1847.
Neuf millions d’euros investis sur le site alsacien de Chatenois
La nouvelle entité vient d’investir 9 millions d’euros pour s’agrandir et se moderniser. Avec l’acquisition de nouvelles machines qui permettront notamment d’insuffler des matériaux biosourcés comme de la fibre de bois, en lieu et place de la laine de verre, au niveau de ses murs. Un nouvel équipement servira à fixer les bardages de manière robotisée tandis qu’une assembleuse réalisera les finitions intérieures des lignes de murs. Le reste de l’enveloppe servira à l’extension de son site de production avec la construction d’un bâtiment de 1 500 m2 dans le prolongement de l’actuelle ligne de production, dédié aux modules et à leur assemblage, ainsi que celle de bureaux démonstrateurs qui serviront à la fois aux équipes de l’entreprise et de vitrine lors des visites clients. Pour l’heure, la société alsacienne a été accompagnée par la Région Grand Est, au titre de son innovation sur la partie modules, et par l’Ademe, à hauteur d’un million d’euros, d’ans le cadre d’un appel à projets France 2030.
"On vient de sortir notre premier bilan carbone en matière de construction. Nos offres nous permettent déjà d’atteindre le palier 2031de la RE2020 dans le but de continuer de réduire l’empreinte carbone des bâtiments et de proposer des solutions performantes au niveau thermique avec l’utilisation de matériaux biosourcés", indique Lou Burger. L’entreprise alsacienne a également entamé une réflexion sur la démontrabilité de ses bâtiments dans l’ambition de pouvoir mieux les recycler.
Un mix constructif élargi
Après plusieurs années de recherche et développement, concrétisées par la création d’un logiciel en interne afin de dessiner, créer et chiffrer le coût des maisons individuelles selon les souhaits de ses clients, puis le lancement de la marque booapro en 2024 sur le marché B to B, booa propose aujourd’hui un mix constructif élargi. Celui-ci va de la construction de murs à ossature bois (MOB) à la construction hybride de façades à ossature bois (FOB), en passant par la fabrication de modules tridimensionnels intégrant le second œuvre (MOD). C’est sur cette dernière solution que booa compte capitaliser afin de développer la construction hors site où les éléments du bâtiment sont fabriqués en atelier, puis assemblés sur le chantier. Une solution qui "raccourcit les délais sur les chantiers et permet de s’affranchir d’éventuels problèmes avec des sous-traitants", souligne Lou Burger. "Nous avions un process bien défini pour la fabrication de maisons individuelles. Maintenant, il faut qu’on anticipe avec ces différentes modes de construction et nos capacités de production", précise-t-elle.
Atteindre de nouveaux marchés grâce à la construction modulaire
"Le module nous permet d’atteindre de nouveaux marchés. L’avantage de la construction modulaire, c’est de pouvoir intégrer une forte densité dans un petit espace puisqu’on ne va pas transporter du vide", poursuit la jeune dirigeante. À l’image de l’extension que réalise actuellement booa pour un hôtel d’Eguisheim (Haut-Rhin) qui souhaitait s’agrandir de douze chambres supplémentaires. "C’est aussi très intéressant pour notre client qui aura un chantier très limité par rapport à son exploitation", souligne Lou Burger.
Ce procédé, qui repose sur la fabrication de modules tridimensionnels complets (murs, sols, plafonds) prêts à poser, incluant le second œuvre (électricité, revêtements muraux, sanitaire, cloisons intérieures, chauffage, menuiseries intérieures…), offre également des avantages quant à la gestion des déchets. Et moins de pénibilité pour une main-d’œuvre qui se trouve moins sujette aux aléas climatiques.
De la maison individuelle aux logements collectifs
La nouvelle société s’apprête ainsi à construire son premier immeuble collectif d’une dizaine de logements sur la commune d’Ostheim (Haut-Rhin) après avoir remporté un appel d’offres auprès de Colmar Alsace Habitat. Un écoquartier comprenant 70 logements individuels et quatre petits immeubles collectifs est prévu sur le site d’une friche industrielle à Ribeauvillé (Haut-Rhin). Un pôle santé, qui accueillera une quarantaine de praticiens, doit prochainement voir le jour à Wiwersheim (Bas-Rhin).
Bientôt une implantation au Luxembourg
En marge de ses réalisations, booa poursuit son maillage territorial par le biais d’un réseau actuellement composé de 15 agences avec deux nouveaux concessionnaires à Reims et à Quimper (Finistère) ainsi qu’un partenaire franchisé à proximité de Versailles. "On cherche à se développer pour avoir une meilleure couverture nationale avec l’ambition d’ouvrir encore trois nouvelles agences cette année sur des territoires non couverts", précise Lou Burger. Parmi ces projets figure une implantation au Luxembourg dans une approche B to B. "On va ainsi pouvoir s’essayer à l’export, ce qui n’est pas la chose la plus aisée dans le secteur de la construction car les normes varient en fonction des pays. Il faut qu’on soit en capacité de s’adapter", prévient la dirigeante. En fonction de son carnet de commandes, booa conviendra s’il est nécessaire de recruter en surcroît de ses 140 salariés actuels.
Doubler le chiffre d’affaires d’ici cinq ans
"En étant chez Burger & Cie, tout était mutualisé. La filialisation nous permet de gérer nous-mêmes nos capacités d’emprunt, de nous référencer et de continuer à investir", argumente la jeune cheffe d’entreprise. Et peut-être de prendre le "lead" sur la maison mère, qui compte 220 collaborateurs et est présidée par son frère Paul. En 2024, les deux structures avaient chacune réalisé aux alentours de 55 millions d’euros de chiffre d’affaires. D’autant que l’ambition de booa, qui mise sur "la diversification pour anticiper la baisse de la vente de maisons individuelles" bien qu’elle en fabrique toujours 200 chaque année, est de doubler son CA d’ici cinq ans. "On l’a déjà fait puisque nous atteignions 25 M€ en 2021", rappelle Lou Burger qui aspire à faire de sa société un acteur incontournable de la construction hors site en France. Et toujours en continuant de s’approvisionner en bois en provenance des Vosges, de Forêt-Noire, de Suisse et d’Autriche.