"Renault condamne l’entreprise à très court terme". Ces mots sont ceux de Jérôme Dupont, directeur de la Fonderie de Bretagne à Caudan dans le Morbihan, à l’intention des 350 salariés du site qui fabrique des pièces en fonte principalement pour le secteur de l'automobile. Le constructeur Renault a finalement refusé de soutenir financièrement le plan de reprise de Private Assets. Groupe allemand possédant plusieurs fonderies en Allemagne et en Espagne, Private Assets est candidat au rachat de l’usine bretonne possédée par Callista, un fonds d’investissement allemand qui n’est pas parvenu à redresser la barre depuis son acquisition, en novembre 2022, auprès de Renault, fondateur en 1965 de la Fonderie de Bretagne.
Un soutien de 14 millions d’euros de l’État
Ce lundi 2 décembre, l’État français a pourtant officialisé son soutien à la Fonderie de Bretagne en s’engageant à contribuer aux investissements à hauteur de 14 millions d’euros sous forme de prêt. Cette décision va au-delà des demandes initiales. De son côté Private Assets précise qu’il transférerait 11 000 tonnes par an de productions nouvelles à la Fonderie de Bretagne. Cela doit permettre à l'entreprise de sortir rapidement de sa dépendance commerciale envers le secteur de l’automobile en général et de Renault Group en particulier. L'équilibre du projet de reprise reposait sur le maintien, par Renault "des engagements pris en 2022, de maintenir des volumes suffisants jusqu’en 2028 sur la base des pièces actuellement produites et de financer un besoin additionnel de moins de 8 millions d’euros", détaille la direction de la Fonderie de Bretagne.
Blocage et désarroi
Les planètes semblaient alors s’aligner pour ce site qui a connu beaucoup de difficultés ces dernières années. L’attente était donc forte quant aux engagements de Renault. On sait désormais qu’il n’en sera rien. Selon la direction générale de la Fonderie de Bretagne, Renault estimerait qu’il n’a pas de responsabilité particulière dans ce dossier, que le projet de reprise n’est pas crédible et qu’il est préférable de fermer l’usine.
"La mise en œuvre de ce projet est aujourd’hui sérieusement mise en danger par les représentants de Renault Group dans les discussions qui se tiennent sous l’égide du ministère de l’Industrie. Ils contestent le bien-fondé du projet, reviennent sur les engagements passés de Renault et déploient une stratégie de pourrissement visant à asphyxier l’entreprise et à faire renoncer le repreneur", dénonce la direction de la Fonderie de Bretagne.
"Nous exprimons notre profond désarroi et notre colère face au cynisme froid de Renault"
En réaction, les salariés ont débuté le blocage du site de Caudan. Le président du tribunal de commerce de Rennes va aussi convoquer sans délai les protagonistes du dossier. "Nous exprimons notre profond désarroi et notre colère face au cynisme froid de Renault, qui a attendu la crise politique et la veille de Noël pour acter son refus de financer le projet au risque de provoquer à très court terme la disparition de son ancienne filiale. Nous appelons l’État et l’ensemble des parties prenantes à poursuivre les discussions pour ramener Renault à la raison", conclut l’équipe dirigeante de la Fonderie de Bretagne.