Quatrième port français et premier de la façade atlantique, le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire voit les manquements de sa gestion soulignés dans un rapport très critique publié par la Cour des comptes, le 1er septembre 2025.
Un mois de grève par an
Le document commence par souligner une activité "fortement handicapée par un contexte social tendu". "En effet, sur la période 2017-2023, le port, dont le syndicat dominant est la CGT, a connu 165 jours de grève, soit un mois de grève par an en moyenne. Ces blocages récurrents, qui s’accompagnent "d’un niveau important de violences verbales et physiques", se traduisent par des défaillances dans la politique de ressources humaines, avec un dérapage des effectifs (+ 16 %) et des charges de personnel.
Augmentation de 50 % des charges de personnel
Selon les rapporteurs, "la progression des effectifs, couplée à la revalorisation des salaires de base et des primes, a conduit à une augmentation de plus de 50 % des charges de personnel entre 2017 et 2024. Ces dernières représentent près des deux tiers du chiffre d’affaires, soit 20 % de plus qu’en moyenne dans les autres ports métropolitains".
Rentabilité dégradée
La hausse des charges de personnel a conduit à une augmentation excessive des charges d’exploitation, qui ont progressé de 55,5 % entre 2017 et 2024. Conséquence : la rentabilité du port s’est nettement dégradée sur la période. Le résultat d’exploitation, qui atteignait 14,7 % du chiffre d’affaires en 2017, a reculé à seulement 3,4 % en 2024, après deux années consécutives de pertes en 2020 et 2021.
Échec de la stratégie conteneur
Autre handicap du Grand port maritime, 70 % de son trafic est lié à celui des énergies fossiles, structurellement amené à se réduire. Pour compenser cette évolution, le port misait sur développement du trafic de conteneurs. Cette stratégie s’avère être un échec, les volumes ayant reculé.
Enfin, les magistrats émettent des doutes sur le projet de quai Eole, destiné à accompagner l’essor de l’éolien flottant. L’investissement, estimé ce jour à 235 millions d’euros pour un chiffre d’affaires du port de 95 millions d’euros, "n’est en effet à ce stade financé qu’à hauteur de 35 millions d’euros par le contrat de plan État-Région". Enfin, la "rentabilité financière du projet pour le port reste à ce stade incertain", alerte le rapport.
"Pour réussir sa transition économique et répondre au défi de la décarbonation, le port devra dans tous les cas consentir à des arbitrages majeurs, entre entretenir des sites coûteux et investir dans de nouveaux projets", concluent les magistrats. Une transformation de son modèle économique qui requiert un engagement accru de l’autorité de tutelle (à savoir l’État français).
Réactions
Dans un communiqué, la direction générale de Nantes Saint-Nazaire Port dit prendre acte des conclusions du rapport de la Cour des Comptes et porter la plus grande attention à ses recommandations. "La situation s’étant aggravée, Nantes Saint‐Nazaire Port doit désormais accélérer la transformation de son modèle économique pour consolider les fondations d’un port plus résilient. Une feuille de route, à la fois ambitieuse et réaliste, fera l’objet d’un débat lors des prochaines rencontres avec les instances de gouvernance", dit-elle.
"J’ai demandé à l’actuel ministre des Transports la mise en œuvre d’un plan de redressement, qui devra comporter un volet spécifique sur la transformation du modèle social, ainsi qu’une stratégie d’attractivité et de développement à la hauteur de ce que représente le Grand Port Maritime et des défis auxquels il fait face", indique, pour sa part, Christelle Morançais, présidente de la région des Pays de la Loire et présidente du conseil de surveillance du port.