David Samzun, président (PS) de l’agglomération nazairienne, n’a pas mâché ses mots dans le courrier qu’il a adressé le 24 juin à François Bayrou, Premier ministre. Il y exprime sa "très grande inquiétude" face aux atermoiements de l’État en matière de stratégie énergétique. Dans le viseur de l’élu : le flou persistant sur le mix nucléaire/énergies renouvelables et, plus encore, le vote par l’Assemblée nationale d’un moratoire sur l’éolien et le solaire, dans le cadre de la loi portée par le sénateur Daniel Gremillet.
"Le manque de clarté des intentions gouvernementales et l’absence de courage des forces politiques nationales aboutissent à des votes inconséquents", écrit David Samzun, déplorant que "les coups d’éclat des uns" soient "permis par le défaut de mobilisation des autres".
Un territoire stratégique, empêché par l’administration centrale
Le maire de Saint-Nazaire plante le décor dès le début de son courrier : "Les gigantesques défis de la transition énergétique et de la lutte contre le réchauffement climatique supposent une mobilisation des capacités d’innovation et d’investissement des acteurs industriels. Mais pour ce faire ils ont besoin de clarté".
Dans son courrier, David Samzun interpelle directement Matignon sur le caractère vital des projets industriels liés à la transition énergétique, en citant notamment les projets Éole, GoCO2, Take Kair ou l’usine de câbles RTE. Autant de projets structurants pour le territoire nazairien, portés localement, mais freinés au niveau national.
"Nous en sommes réduits à nous bagarrer contre les administrations centrales", regrette-t-il, dénonçant "un raisonnement en silo" de l’État, incapable selon lui de considérer les enjeux d’aménagement et de planification dans leur globalité. L’élu demande à l’État "d’adapter les réglementations, de donner de la visibilité et d’apporter des soutiens financiers", faute de quoi la France manquera le rendez-vous de la transition industrielle.
Un port déclassé face aux géants du Havre, Dunkerque ou Marseille
Au cœur de la lettre figure également une charge explicite contre le déclassement du Grand Port Maritime Nantes – Saint-Nazaire. Selon David Samzun, le port est exclu de la stratégie nationale portuaire, pourtant centrée sur quelques sites emblématiques.
"Il n’est pas sérieux que celui-ci soit à ce point absent de la stratégie nationale portuaire qui n’a d’yeux que pour Le Havre, Dunkerque et Marseille", écrit-il, en demandant que l’État regarde plus globalement le territoire national.
Samzun rappelle que le port nazairien, associé à l’ensemble de la zone industrialo-portuaire, est un atout stratégique national : alimentation énergétique, souveraineté militaire, filières industrielles, innovation… Sans compter une contribution de 6 à 8 milliards d’euros par an à la balance commerciale française, avait-il précisé dans un entretien récent.
Deux priorités concrètes : stabilité sociale et stratégie foncière
Le maire appelle également à clarifier deux dossiers clés pour l’avenir du territoire. D’abord, "la fiabilité sociale du port" à renforcer pour rassurer investisseurs et industriels qui préfèrent éviter le port de Saint-Nazaire en raison des tensions sociales à répétition. Ensuite, "une stratégie foncière" concertée, entre port, Région et agglomération, pour identifier et mobiliser les terrains stratégiques.
Un appel à sortir des logiques d’héritiers
Clôturant son courrier sur une note ferme, David Samzun appelle l’État à sortir d’une posture attentiste, en assumant une politique industrielle proactive : "Un pays ne peut pas envisager son avenir en se comportant uniquement comme un héritier des infrastructures de ses aînés. Pas plus qu’il ne peut se laisser dériver au gré des opportunismes, des coups d’éclat ou des lâchetés politiques."