Le fonds de commerce de la bonneterie roannaise Griffon (25 salariés ; 2,50 M€ de CA en 2022) vient renforcer le pôle ligérien du groupe Manufactures des Layettes (MLT, basé à Pau dans les Pyrénées-Atlantiques ; 85 salariés ; 8 M€ de CA en 2022) qui l’a racheté le 1er juin. "Créée en 1924, Griffon est une des plus belles fabriques de maille française, star des années 1950-1960 à l’époque où le tricot français se situait à la deuxième place européenne juste derrière l’Allemagne", s'enthousiasme Karine Renouil-Tiberghien, co-dirigeante du groupe, qui veut redonner du panache à sa nouvelle acquisition en la modernisant. Mais dans un premier temps, Jean Ruiz (16 salariés ; 1 M€ de CA en 2022), une filiale du groupe textile, qui se sentait à l’étroit dans ses locaux va traverser la rue pour déménager dans le bâtiment de 7 000 m² occupé par Griffon, son voisin d’en face. Le spécialiste du remaillage et de la maille 3D, Jean Ruiz compte parmi ses clients Le Slip Français, Tranquille Émile, Tartine et Chocolat et Bernard Solfin.
De l’espace pour grandir
La dirigeante escompte des synergies entre les deux marques dont les expertises sont complémentaires et pourront également être associées aux ressources d’une autre société sœur, Marcoux-Lafay (45 salariés ; 3 M€ de CA en 2022), spécialiste des moyennes séries pour la grande distribution, installée non loin de là, à Sainte-Agathe-la-Bouteresse (Loire).
La superficie du bâtiment industriel de Griffon se prête à la concrétisation de "tous nos rêves de mailleux", assure la dirigeante, dont la transmission de savoir-faire autour de la programmation et du remaillage.
Financée grâce à l’accompagnement du Crédit Agricole et de la Société Générale, l’acquisition de la bonneterie roannaise porte le nombre de salariés du groupe textile MLT à 100 salariés (contre 10 en 2015) et devrait lui permettre d’augmenter de 25 % sa production pour atteindre 1 million de pièces par an (contre 750 000 en 2022 dont 50 % dans la Loire).
L’offre sera élargie grâce à l’intégration de nouvelles techniques de tricotage et la production d’articles de prêt-à-porter (robes, pantalons et petits hauts). "Griffon permet à notre groupe d’atteindre la taille critique pour répondre à toutes les demandes de maille, aussi exigeantes soient-elles, notamment grâce à une variété de compétences en tricotage rectiligne, Milano et "chaîne et trame", ainsi qu’aux techniques de stabilisation de la maille coton", précise-t-elle. La bonneterie abrite également un magasin d’usine qui servira de vitrine au savoir-faire du groupe en proposant aux particuliers de la précommande, des articles de seconde main, de la broderie et des services de réparation.
Made in France contre fast fashion
En décembre dernier, MLT avait tenté sans succès de reprendre aux enchères la marque Camaïeu qui était finalement tombée dans l’escarcelle du groupe Celio. Mais l’histoire n’est pas terminée car les ex-rivaux ont commencé à collaborer sur des tests produits pour Camaïeu qui pourraient être fabriqués dans la Loire. Affaire à suivre… D’autant que Karine Renouil-Tiberghien et Arnaud de Belabre, codirigeant du groupe MLT, sont toujours à la recherche d’une marque à forte notoriété dont ils pourraient faire le porte-drapeau de leur stratégie Made In France. "La fast fashion et son fort taux de rebut n’est plus adaptée dans un monde où nous cherchons à respecter la planète et les hommes. Notre modèle privilégie le circuit court, qui repose sur un ajustement de la production à la demande", justifie-t-elle. Sauf à se faire dépasser par son succès…