17%: c'est l'incroyable flambée de l'indice mondial des prix des céréales établi par la FAO (Food and Agriculture organization) au court du seul mois d'août. Sécheresse aux États-Unis, en Russie et spéculation: les causes conjoncturelles sont nombreuses mais pour Bernard Kernevez, cofondateur en 2011 d'un cabinet de conseil spécialisé dans l'élevage porcin, Keos, basé à Morlaix, cette envolée était prévisible: «Le besoin mondial en céréales est de plus en plus important et l'offre ne répond plus à la demande». Pour les éleveurs porcins finistériens, c'est une catastrophe. Soja, blé, avoine: autant d'aliments dont les cours n'ont fait que monter ces dernières semaines et qui constituent la base de l'alimentation des porcs. Le poste de dépense «aliment» représente 65% du coût de revient d'un porc. Dans un département qui compte 1.500 exploitations, représente 20% de la production nationale de porcs et où l'élevage porcin représente 2.700 emplois, l'inquiétude monte. Alors certains éleveurs ont pris les choses an mains et adopté la méthode de Bernard Kernevez et son associée Pascale Picart. Pour environ 2.500€ par an, «on réalise un audit, une analyse financière puis on met en place une nouvelle stratégie pour optimiser le rendement de leur exploitation, détaille le consultant. Le coût de l'alimentation des bêtes est le premier sujet évoqué avec les éleveurs. On peut économiser beaucoup en mettant en place des choses simples.»
Dépenser le moins possible sur l'alimentation
À Plougar, à côté de Landivisiau, Arnaud Picart, le mari de Pascale Picart, élève 170 truies. Il a appliqué la méthode Keos point par point. Dans ses bâtiments, refaits à neuf entre 2004 et 2008, tout est optimisé pour dépenser le moins possible sur l'alimentation. La quantité de grains de blé, orge et avoine, qu'Arnaud Picart cultive sur sa parcelle, broyés avec le soja qu'il achète, est bien définie et ne tombe pas dans la mangeoire tant qu'elle n'est pas vide. Le mélange est parfaitement dosé pour nourrir suffisamment les porcs mais pas trop, toujours dans l'optique de réduire les dépenses liées à l'alimentation des animaux. Et l'optimisation du poste "aliment" commence très tôt. «On sevre les porcelets au bout de 28 jours, plutôt que 21, cela permet d'augmenter leurs défenses immunitaires, explique Arnaud Picart.On élève les porcs à une certaine température pour qu'ils ne perdent pas d'énergie». Même les truies gestantes sont finement choisies parmi celles qui fourniront les portées de porcelets les plus vaillants. «Les résultats sont là: le taux de mortalité a baissé, les maladies aussi et on a optimisé l'indice de consommation de céréales par porc», constate l'éleveur.
«Un électrochoc»
Rendement, optimisation, marges... Les éleveurs de 2012 doivent désormais réfléchir en chef d'entreprise: «Avant on gérait l'exploitation en bon père de famille. Aujourd'hui ça ne suffit plus», constate Arnaud Picart. «Je regarde les cours sur les marchés à terme tous les jours, avoue Guy Le Ho, un autre éleveur que conseille Bernard Kernevez.On finit par être plus au courant de ce qu'il se passe en Russie ou aux États-Unis que sur notre élevage.» Pour le consultant, qui s'est inspiré au cours de ses voyages des exemples d'élevages allemands, hollandais ou danois, les éleveurs français doivent impérativement rentrer dans une logique industrielle et rationaliser leur façon de gérer leur exploitation: «Notre méthode, est parfois un véritable électrochoc pour les éleveurs», note-t-il.
KEOS
(Morlaix) Dirigeants: Bernard Kernevez et Pascale Picart Chiffre d'affaires: non significatif 02 98
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