Première fois qu’elle produit un cocktail prêt-à-boire, première fois qu’elle commercialise en canette, première fois qu’elle investit le secteur "no/low" (faiblement ou pas alcoolisé). Pas de doute, Maison Ansac veut envoyer un message fort : le rebond est dans l’innovation.
La PME de Saint-Germain-de-Lusignan (Charente), filiale de la coopérative Océalia et ex-Unicognac, commercialise depuis avril "Fresh Kiss" sous sa marque historique Jules Gautret. Tout un symbole pour cette maison de cognac, pineau et vin (15 M€ de CA) au sortir de son plan de licenciement en mars, qui a acté le départ de 16 salariés sur 48. "Une réorganisation n’aurait pas suffi, nous voulions reconquérir des clients, améliorer notre business model et montrer à nos salariés et clients que nous ne sommes pas attentistes", explique Sébastien Trézeux, le directeur général.
Cibler les 18-34 ans
"Nous avons regardé les tendances, deux émergent : le no low et les ready-to-drink", poursuit-il. Pour cibler les 18-34 ans, la PME a fait appel à une barmaid parisienne et à la Maison Roy, charentaise, pour le conditionnement. "Il fallait une recette certes facile à boire mais élaborée, pas facile à reproduire chez soi, fraîche, peu alcoolisée (4,7°), peu sucrée. La R & D était très artisanale, avec des melons du marché et un Airfryer", sourit le dirigeant. Onze mois plus tard, les premières canettes de Fresh kiss (pineau, cognac, arômes de melon et mélilot, une plante aromatique) sont commercialisées dans les grandes et moyennes surfaces. "Pour l’instant en tête de gondoles ; le no low n’a toujours pas une place dédiée", regrette Sébastien Trézeux.
Un premier bilan sera fait dès septembre : "Nous mesurerons déjà les premières retombées et adapterons notre offre, peut-être avec des packs — les canettes sont vendues à l’unité -, des bouteilles pour le CHR… Nous sommes ouverts." En attendant les prochains parfums qui étofferont la gamme à l’automne, le cocktail melon vient d’obtenir une médaille d’or à Londres dans la catégorie prémix no low.
Ambition double
Si les ambitions chiffrées demeurent confidentielles, "la rentabilité viendra", assure le dirigeant. "Outre la nouvelle clientèle plus jeune, Fresh Kiss doit aussi nous permettre d’attirer de nouveaux clients sur le cognac. L’ambition est clairement double : nous devons développer ce qui peut réveiller le marché du cognac." D’où le choix d’associer Fresh Kiss à l’historique de la marque Jules Gautret, qui fêtera ses 180 ans en 2027. "La nouvelle génération a besoin de produits qui ne sont pas faits par n’importe qui."
Aujourd’hui, Maison Ansac commercialise 2 millions d’unités par an, à partir de productions essentiellement issues des vignerons de la coopérative Océalia. Elle tire 50 % de son chiffre d’affaires du cognac, 25 % du pineau, 10 % du brandy, 10 % du vin sous les marques Thalassa et Père Fouras dont le packaging vient d’être dépoussiéré, 5 % de divers comme sa vodka Ora, elle aussi appelée à se développer — une version miel piment sort cet été — notamment pour prendre des marchés là où le fournisseur russe est boudé.
Un tiers du chiffre d’affaires est réalisé aux États-Unis, plus de 33 % en France. Face au contexte défavorable, Sébastien Trézeux se veut résilient. "On s’est pris la crise en un an, alors qu’on n’était pas si mal jusqu’en juin 2023. Mais notre réorganisation, qui a touché tous les services et nos lignes de production aujourd’hui réunies, nous permet des rendements largement améliorés grâce à l’implication de tous. Les équipes sont extrêmement motivées."