Quels enseignements en matière de méthodes de travail des journalistes peut-on tirer des attentats du 7janvier dernier ?
Il y a des manières de travailler très diverses selon les médias, en fonction des contenus produits. Mais, ce qui l’a emporté, au cours des attentats, c’est le phénomène d’accélération de l’information. Ce n’est pas nouveau. Il s’était déjà observé lors de l’affaire Merah en 2012 avec les chaînes d’information en continu et les radios d’information comme France Info. Celles-ci ont un rôle particulier car elles ont la possibilité de diffuser en «live». Ce faisant, elles entraînent d’autres médias, traditionnellement sur un rythme plus lent, à modifier leur manière de travailler avec la mise en place d’éditions spéciales.
Le traitement rapide de l’information entraîne-t-il des dérives ?
On retrouve des constantes dans l’information en continu telle que la vacuité de certains contenus notamment lors de l’attente d’un événement, comme lors du dénouement de Dammartin-en-Goëlle, lieu du retranchement des terroristes, avec des témoignages pas forcément pertinents et sans informations nouvelles. Mais, on a aussi vu apparaître un autre phénomène avec le traitement rapide de l’information qui peut poser des problèmes dans le déroulement de l’événement. C’est ce qui s’est passé à Dammartin-en-Goëlle avec l’annonce répétée à l’antenne qu’il y avait un otage alors que la personne était cachée. Cela aurait pu déboucher sur un drame. Cet appel de BFM TV à l’usine ou les terroristes étaient retranchés c’est une chose jamais vue, cela va susciter le débat au sein du CSA, je l’espère. Ces comportements posent problème car le média interfère avec l’événement, le média devient acteur direct.
Internet bouleverse-t-il la hiérarchie médiatique ?
Il n’y a pas eu une réponse homogène des médias, mais un gros travail a été fait, une grosse mobilisation. Il me semble que cet événement remet en perspective des idées qui circulent sur les médias, notamment au sujet de la réaction du public et de la réception des médias par rapport à l’avant Internet. On avait tendance à dire qu’Internet et les médias numériques étaient devenus dominants, que la radio était en déclin et la télévision en passe de ne plus être le média dominant. Mais, on a vu que la hiérarchie des médias que l’on connaît depuis des années a perduré.
Le sursaut citoyen pour Charlie Hebdo peut-il avoir un effet bénéfique pour le titre et la presse en général ?
Je ne suis pas sûr du sursaut dans la continuité. Pour Charlie hebdo il dépendra de la volonté de ceux qui vont continuer. Mais alors qu’il était un aiguillon marginalisé dans le domaine de l’information, Charlie est devenu un symbole. C’est lourd à porter mais ça donne du souffle. D’autant qu’ils vont bénéficier d’un apport d’argent très substantiel pour se restructurer. Pour les autres médias, on a affaire à un phénomène que l’on connaît bien: quand des événements très forts se produisent dans nos sociétés, il y a une surconsommation médiatique. Une consommation en demande de repères, d’éléments de compréhension. Cela va bénéficier à des médias identifiés comme médias de contenu et de recul ou encore à des livres permettant d’appréhender la question. Mais, notre recul là-dessus, c’est que ça ne dure pas. C’est toujours bon pour la presse de se dire qu’elle garde cette image de média de référence mais, cela ne modifie pas les comportements qui vont se remettre à moins consommer de presse.
A lire: l'interview complète de Jean-Marie Charon