Où en êtes-vous en terme de programmation ? Tous les projets sont-ils aujourd'hui labellisés ?
Presque. Le cadre général est approuvé. Nous sommes en train de faire un travail de précision, au cas par cas, avec les porteurs des plus de 500 projets qui ont été labellisés.
Quelle cohérence globale souhaitez-vous donner à l'ensemble de la programmation?
Sur ce point, les choses n'ont pas vraiment bougé depuis le dossier de candidature. Nous nous sommes engagés sur deux axes: le projet euroméditerranéen, qui est notre fil rouge, et le projet de territoire, avec une dimension forte en terme de participation des acteurs locaux. Le travail de ces derniers mois consiste à rendre concrètes ces orientations. Les choses s'ajustent. C'est là où se présentent forcément les difficultés, car "le diable se niche souvent dans les détails". Mais c'est l'épreuve du réel qui est exaltante.
Marseille, capital européenne de la culture... par journaldesentreprises
Que répondez-vous aux acteurs culturels locaux qui se disent déçus de ne pas avoir vu leurs projets retenus et qui estiment que vous avez favorisé des projets plus nationaux ?
Le rôle d'un événement comme la capitale européenne de la culture est de poser quelques jalons dans une programmation qui n'a pas prétention à se substituer à la programmation du territoire. Il y a une vie avant, pendant et après l'année capitale. Nos critères n'ont jamais été ni nationaux ni internationaux. Mais bien entendu, dans une logique euroméditerranéenne, nous privilégions les projets qui portent cette dimension.
D'autre part, quand je rencontre les porteurs de projets, je suis parfois un peu étonné de voir des petites structures qui se disent : "il faut faire gros et cher". Certains projets n'ont pas été retenus car ils étaient disproportionnés par rapport à la taille de la structure qui les portait. Il faut mener des projets que l'on est capable de tenir. Au-delà de cela, en matière de culture, les critères sont toujours subjectifs. Je comprends très bien que l'on soit contesté dans nos choix. Ce serait mauvais signe qu'on ne le soit pas du tout dans un territoire aussi remuant. Et je reconnais complètement mon droit à l'erreur et à la mauvaise appréciation. J'assume ce risque et le consensus me fait toujours un peu peur. Il faut voir la capitale européenne comme un ingrédient important de 2013, mais ce n'est pas le seul. Et il y a l'après. Après 2013, on ne sera plus là. Il faudra trouver un autre responsable aux malheurs de la politique culturelle...
Les entreprises locales jouent-elles le jeu à la hauteur de vos espérances?
Nous n'avons pas ménagé nos efforts de mobilisation du monde économique, auprès des grandes entreprises, mais aussi des PME, des TPE et des commerçants. Notre objectif financier de ressources de mécénat et de parrainage, fixé à 15M€, est en passe d'être atteint. Nous n'allons pas pour autant relâcher nos efforts. Le monde économique est au coeur du projet depuis le début, et tant mieux. Bien sûr, il y a des entreprises que nous n'aurons pas à notre tableau de chasse, dommage, mais ça arrive. Nous sommes un peu dans une logique de vendeurs d'aspirateurs, mais nous ne faisons pas de terrorisme. Nous comprenons quand l'entreprise n'y voit pas son intérêt.
Les Marseillais ne semblent pas s'être véritablement appropriés l'événement. Cela est-il dû à un déficit de communication ou à un phénomène d'autoflagellation, typique du territoire ?
Il y a quelque chose qui joue beaucoup, c'est le temps. C'est un projet très long, trop long. Il y a des constructions qui mettent du temps à voir le jour et qui génèrent des nuisances, notamment autour du Vieux port. Cela engendre de la lassitude. Mais franchement, ça ne m'inquiète pas du tout. J'estime qu'il ne faut pas matraquer tout le temps les Marseillais. Il faut éviter le «Vous allez voir ce que vous allez voir». Aujourd'hui, je pense que les gens ne sont pas si blasés que cela. Le jour où il y aura du concret, ils répondront présents. Car on est blasé jusqu'au jour où on est emballé. Evidemment, c'est plus marrant de dire: «Ça ne fonctionne pas, le chantier ne sera jamais prêt». Ça fait partie du buzz.
Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de parisianisme, voire de snobisme?
Je ne sais pas très bien ce que ça veut dire. Snobs? Dans le programme de Marseille-Provence 2013, il y en a pour tous les goûts. Parisiens? Évidemment, cela vise aux origines géographiques de l'équipe de fondateurs de la manifestation. Mais on sait pourquoi elle est parisienne. C'est une équipe de mercenaires. Ce ne sont pas les gens qui travaillent déjà en culture au niveau local qui vont prendre les risques, et c'est normal. Nous avons forcément les coudées plus franches. En réalité, ces questions-là sont un peu folkloriques et sont assez largement dépassées. Nous avons tous des identités multiples.
Sentez-vous que désormais, l'ensemble des collectivités impliquées dans l'événement marchent d'un même pas?
Heureusement que non, car ce serait un peu triste! La barre a été mise assez haute. Créer une structure de coopération sur un projet aussi important que celui-là à l'échelle culturelle, avec des territoires aussi nombreux - 90 communes, de nombreuses communautés d'agglomération, le Département, la Région, l'État, le monde économique... -, c'est assez inédit. Penser que, d'un coup, tout serait le nirvana serait faire preuve d'une grande naïveté. Des problèmes, il y en a eu et il y en aura encore, c'est normal. Mais la situation n'est pas critique. Nous ne sommes pas dans le conflit permanent. Il est normal que chaque représentant défende sa commune. Notre travail consiste à avancer en trouvant des compromis. Quand on a une bonne dose de pragmatisme et l'envie d'être à la hauteur, on trouve les moyens de régler les difficultés.
Les grandes infrastructures seront-elles prêtes à temps?
Le dossier de candidature prévoyait l'ouverture d'un certain nombre d'équipements. Le Mucem devrait ainsi ouvrir au public en mai2013 et le Centre régional de la Méditerranée un mois avant. Certains projets ont pris un peu de retard et certain ont un peu anticipé l'appel. Il y a des petits soucis par-ci par-là, notamment au niveau du travail sur les abords, mais la situation avance. Pour Marseille, il s'agit d'une extraordinaire mise à niveau en terme d'infrastructures culturelles.
Au-delà des infrastructures, Marseille-Provence 2013 peut-elle combler un certain déficit culturel local?
Souvent, l'équipement produit des effets, une dynamique. C'est la raison pour laquelle les villes sont assez attentives à cela. Une politique culturelle doit tenir les deux bouts de la chaîne. La culture à Marseille est assez fascinante. Car dans la mesure où la culture dite institutionnelle n'y a jamais occupé une grande place, la culture associative y est très riche. Il manquait à Marseille des équipements, qui vont aider indirectement le tissu associatif à acquérir de la notoriété. Ce n'est pas le projet culturel qui manquait, mais la visibilité. Car ce qui se passe de formidable dans le territoire est souvent peu connu.
Et après 2013, comment imaginez-vous la suite?
Aujourd'hui, bien sûr, j'ai le nez dans le guidon. Mais l'après 2013 est forcément quelque chose qui me turlupine. Quand on travaille sur un projet comme celui-ci, on se dit: «Que vont devenir ces équipements?». En général, les capitales européennes de la culture ont un effet intéressant, car elles bousculent le long fleuve tranquille des politiques culturelles. Il faudra faire un bilan de la manifestation. Nous avons prévu de faire réaliser un rapport d'évaluation assez fouillé. Selon moi, il est important de donner des éléments de jugement à ceux qui devront ensuite prendre des décisions. Nous espérons en tout cas que l'implication du monde économique dans ce type de manifestation culturelle sera une leçon que l'on retiendra. Il serait vraiment dommage d'avoir monté tout ce bazar avec le monde économique pour leur fermer la porte après.