"Je ne suis pas étonné de voir un feu vert pour le parc éolien de la Manche et un feu rouge pour celui d'Oléron"
Interview # Industrie # Transition énergétique

Matthieu Blandin directeur énergie offshore Valemo et Akrocean "Je ne suis pas étonné de voir un feu vert pour le parc éolien de la Manche et un feu rouge pour celui d'Oléron"

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Deux appels d’offres concernant deux parcs éoliens offshore viennent de voir leurs lauréats désignés. L’appel d’offres "Centre-Manche 2 " (AO8), au large de la Normandie, est attribué au consortium Cotentin Énergies Marines (TotalEnergies – RWE). L’appel d’offres " Oléron 1 " (AO7), en revanche, est déclaré infructueux.

Matthieu Blandin, directeur énergie offshore Valemo et Akrocean, membre de la commission éolien offshore de France Renouvelables — Photo : David Pouilloux

Deux procédures de mise en concurrence ont été lancées en 2022 par l’État pour la construction et l’exploitation de deux parcs éoliens offshore. L’un en Normandie dans la zone dite "Centre Manche 2 ", l’autre au large de l’Île d’Oléron, en Nouvelle-Aquitaine. Concernant l’appel d’offres Centre-Manche 2, qu’est-ce qui est positif dans cette attribution ?

Matthieu Blandin : Beaucoup de choses. D'abord, le volume, 1,5 GW de puissance, c'est trois fois la puissance du parc de Fécamp ou de celui des Îles d'Yeu et Noirmoutier. De quoi fournir de l'électricité renouvelables à 2 millions de foyers. Ensuite, un prix lisible à 66 €/MWh pour un site éloigné, et surtout des engagements concrets en direction des PME, de l'apprentissage et de l'insertion, du financement participatif, du recyclage (y compris pales et aimants), et une préférence pour des équipements fabriqués en Europe. C'est un projet global qui pèse 4,5 milliards d'euros.

C'est aussi un nouveau duo de partenaires qui est lauréat ?

En effet, c'est le duo TotalEnergies–RWE qui a remporté cet appel d'offres. Ce sont deux acteurs internationaux solides qui ont déjà des équipes de qualité en France et peuvent désormais les renforcer (ingénierie, achats...) pour consolider la chaîne de valeur si la déclinaison contractuelle en France et en Europe suit. C'est aussi, à court terme, de la visibilité pour les industriels de rangs 1 et 2 (turbiniers, armateurs, câbliers, bureaux d'études). À moyen terme, l'ancrage se jouera dans l'exploitation et la maintenance, ce sont des emplois durables et locaux sur plus de 20 ans. Et tout cela sera possible si l'on annonce tôt les choix techniques (navires, nacelles, pales, câbles), les plans de charge qui rassureront les industriels à même d'investir et bien entendu si l'Etat délivre les autorisations à construire dans les délais.

Passons à Oléron 1. Qu'est-ce que l'infructuosité indique selon vous ?

Le feu vert pour la Manche ne m'a pas surpris, tout comme le feu rouge pour Oléron qui était un secret de Polichinelle. Ce dernier a additionné des exigences industrielles (contenu local), des contraintes de site (éloignement, profondeur, gisement de vent, biodiversité) et des plafonds de prix trop ambitieux, c'est-à-dire trop bas par rapport à ces contraintes. Il ne faut pas s'étonner de ne voir aucun candidat se lancer dans ces conditions. À un moment donné, le modèle économique ne peut pas tenir. Les professionnels avaient alerté l'Etat concernant le critère prix trop contraignant pour la réussite de projets de qualité.

C'est uniquement une question de prix pour de l'électricité ?

Pas seulement. L'acceptabilité d'un parc éolien a un coût technique et logistique. Plus on s'éloigne des côtes, plus c'est cher, plus il est difficile de rentabiliser un parc. Il faut un cadre tarifaire et un calendrier de décisions en cohérence avec les particularités d'un site. Oléron révèle ce désalignement : loin des côtes, hauteur d'eau plus importante, gisement de vent plus faible, prix de l'électricité trop bas. C'est d'autant plus regrettable que l'extension Oléron 2, qui n'a pas été retenu dans le prochaine Appel d'offre (AO9), aurait dû apporter des économies d'échelle.

Quelles conséquences pour la façade Atlantique ?

Un arrêt brutal après une phase de croissance qui fragilise davantage la visibilité nécessaire aux investissements portuaires qui sont en cours et qui concernent cette filière (La Rochelle, Nantes–Saint-Nazaire) et des PME de Bayonne à Brest.

Fallait-il déclarer l'infructuosité d'Oléron plus tôt ?

On pouvait annoncer plus vite la couleur, et chercher à rebasculer le projet dans un cadre mieux calibré, plutôt que d'entretenir l'incertitude. Désormais on se retrouve à attendre la prochaine Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) qui est bloquée par une frange politique qui fait pression sur le Gouvernement depuis la dissolution de juin 2024. L'important est de relancer rapidement un processus d'appel d'offres pour Oléron avec des critères compatibles sites/industrie/prix. Au Gouvernement d'accorder nos ambitions climatiques, la réalité des coûts et les retombées économiques locales avec notre volonté de souveraineté énergétique.

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