Marie-Laure Jarry a été nommée à la tête d’Eurosubstrat, producteur de substrat pour champignons exotiques (CA 2024 de 5,5 M€, 30 salariés), en décembre 2023, à la suite du rachat de la PME costarmoricaine par Breizh Rebond.
Dès janvier 2024, la question du transport de ses produits s’est imposée à la dirigeante. "Il représentait un coût équivalent à 20 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, soit 1 million d’euros. Nous avions un camion en propre et 16 transporteurs différents, rien que pour la France. Près de 25 en comptant l’étranger. Certains transportaient nos produits en bâché, d’autres en réfrigéré, énumère la Costarmoricaine. Il fallait rationaliser cette activité."
Définir une stratégie globale
Pour réaliser cette opération d’envergure, Marie-Laure Jarry a sollicité un ancien collègue avec lequel elle avait travaillé chez Danone, Bruno Mahé. Un spécialiste de la supply chain qui, en 2019, s’est installé à Vannes comme consultant au sein de son agence Cadenn. "J’ai fait appel à lui car la gestion de transport est très technique. Il y a des lois, des codes, je n’avais pas le temps et il me fallait une expertise externe", témoigne Marie-Laure Jarry.
Le contact renoué et l’objectif défini, Bruno Mahé vient passer deux jours à Callac, sur le site d’Eurosubstrat, non seulement dans l’optique de diminuer les coûts de transport, mais également de définir une stratégie globale, avec les notions de qualité et de sécurité en plus. "Il y avait un enjeu de sécurité : les palettes utilisées étaient hautes, lourdes, parfois instables", explique le consultant.
Rédiger un cahier des charges complet
"Nous avons décidé de proposer un appel d’offres, selon le terme que l’on emploie dans la GMS ou l’industrie, continue Bruno Mahé. En premier lieu, la rédaction d’un cahier des charges complet s’imposait : il fallait poser une question claire pour obtenir une réponse claire." Parmi les sujets, figure alors le choix du moyen de transport, entre camion complet (où se trouvent uniquement les produits de l’entreprise) et messagerie (produits de différentes entreprises transportés ensemble), et entre camion bâché et réfrigéré.
"Nous avons finalement opté pour 100 % de transport réfrigéré, raconte Marie-Laure Jarry. Il est plus cher mais il nous permet de transporter des produits plus incubés, plus matures, d’où un rendement plus important pour nos clients." Autre obligation écrite dans le cahier des charges de l’appel d’offres, l’utilisation de camions munis de hayon car beaucoup de livraisons ont lieu dans des fermes.
Réduire le poids des palettes
Cette réflexion liée à la rédaction du document a également permis à la PME, qui réalise 55 % de son chiffre d’affaires à l’export, d’améliorer son fonctionnement en interne. "Nous avons décidé de réduire le poids des palettes pour le transport en messagerie, à moins de 800 kg, raconte Marie-Laure Jarry. Ce qu’on a perdu en volume, nous l’avons gagné en qualité et en sécurité." L’audit réalisé par Bruno Mahé a aussi proposé d’adopter un film palette plus technique pour mieux protéger les produits.
Ce travail préparatoire a abouti à un cahier des charges de 13 pages, sans compter les annexes. Cinq lots ont été définis : la messagerie et le camion complet en France ; la messagerie sur l’arc méditerranéen ; la messagerie pour l’international ; le camion complet vers l’Angleterre ; et le camion complet pour le reste de l’Europe. Tout y est dévoilé ; les points de destination, les fréquences de livraison, les flux clients, la taille des commandes, la saisonnalité…
25 transporteurs sollicités, 21 réponses
"Je l’ai envoyé aux transporteurs qui travaillaient déjà pour Eurosubstrat et à d’autres qui avaient une bonne réputation dans la partie réfrigérée", pointe Bruno Mahé. Au total 21 transporteurs, Français pour la majorité, sont sollicités.
Le processus est assez rapide puisque la communication de l’appel d’offres a lieu fin mai 2024, pour des réponses reçues jusqu’à fin juin. "17 transporteurs ont déposé une offre, ce qui est un fort taux de réponse, se félicite le consultant breton. Cet intérêt montre qu’ils ont saisi le potentiel de croissance d’Eurosubstrat. Il témoigne également des difficultés que rencontre le secteur du transport, dont les volumes baissent alors qu’ils ont beaucoup de frais fixes."
Une différence quantitative dans les réponses de 30 %
Les réponses des transporteurs comportent des critères financiers, de qualité et de RSE. Côté proposition financière, l’écart maximum entre les répondants est de 30 %. L’économie moyenne s’élève à 10 %. Certains sont force de proposition, comme l’un d’eux, finalement retenu, qui propose une livraison en un jour sur une destination qui en demandait deux jusqu’alors. "Il fallait pour ça que nous nous engagions à charger les marchandises à l’heure. Cela nous a poussés à être performants dans ce domaine", note Marie-Laure Jarry.
Économie et simplification
Finalement, la sélection s’opère en octobre 2024. Cinq transporteurs sont sélectionnés : Stef, Stef International, Lahaye, Chabas et Olano. L’appel d’offres a permis une économie annuelle de 10 % pour Eurosubstrat. "Elle est même plus importante puisque le transport est désormais 100 % en réfrigéré, contre seulement 50 % auparavant", souligne Bruno Mahé. "Autre avantage, la simplification de la gestion et de l’organisation des flux, avec seulement cinq transporteurs et des lignes et organisation définies."
"Le basculement s’est réalisé en douceur car nous avions beaucoup travaillé en amont. Je suis très satisfaite de ces changements, qui étaient d’autant plus importants qu’Eurosubstrat est souvent le seul fournisseur de nos clients : leur activité dépend de nous", conclut Marie-Laure Jarry.