À l’écart de l’agitation, dans la zone industrielle de Keriven à Saint-Martin-des-Champs, près de Morlaix (Finistère), l’usine Inéo Défense cultive la discrétion. L’entreprise et ses cinq sites en France (530 collaborateurs, 132 M€ de CA en 2024) est une filiale d’Equans, poids lourd mondial du secteur de l’énergie et des services (90 000 salariés, 19 Md€ de CA en 2024), racheté par le groupe Bouygues en 2022.
Spécialisée dans les antennes radars et radômes (dôme de protection qui abrite et protège une antenne radar des intempéries, NDLR) pour les secteurs militaire et civil, l’usine morlaisienne d’Ineo Défense assure l’ensemble de la chaîne de valeurs : conception et réalisation des systèmes, contrôle sur bancs de tests et maintien en condition opérationnelle (MCO). Elle partage son savoir-faire entre des radômes robustes capables de durer plus de 20 ans et de résister à des conditions de température (-50 à + 55 degrés) et de vent (320 km/h) extrêmes et des systèmes de détection à la pointe de la technologie.
Des commandes qui affluent
Depuis le début du conflit en Ukraine, les commandes affluent et le rythme s’est nettement intensifié sur le site de Morlaix, qui fête cette année ses 40 ans. "Sur certaines lignes de production, nous avons doublé les cadences depuis 2022, confie Augustin Bareau, PDG d’Inéo Défense. La situation géopolitique nous oblige à être plus rapides, plus agiles, plus innovants." Dans le même temps, l’effectif du site finistérien est passé de 50 à 75 salariés, 50 en production et 25 sur des fonctions support. Pour 2026, Xavier Caillaud, directeur du site de Morlaix, affiche de nouvelles ambitions. "Nous visons une croissance de 10 % des effectifs. Tous les profils sont concernés : ingénieurs, techniciens, ouvriers spécialisés… Nous avons donc un fort enjeu d’attractivité et souhaitons attirer de nouveaux talents pour préparer l’avenir." Porté par le contexte mondial incertain, Inéo Défense s’inscrit dans cet écosystème d’entreprises françaises qui "contribuent à la souveraineté nationale et à la résilience de la nation", glisse le PDG.
Une production qui part majoritairement à l’étranger
Si les noms des clients directs de l’entreprise n’ont pas été dévoilés, les utilisateurs finaux sont connus. Inéo Défense fabrique par exemple à Morlaix les antennes et radômes Satcom qui équipent les navires de premier rang de la Marine nationale, dont une partie est basée à Brest : les frégates multi-missions (Fremm), frégates de Défense et d’intervention (FDI), frégates de défense aérienne (FDA) mais aussi les porte-hélicoptères amphibies (PHA) et le porte-avions Charles-de-Gaulle.
La production morlaisienne équipe également les avions de combat de l’Armée de l’air française comme les Rafale ou les Mirage. Coté civil, Inéo Morlaix fabrique les radômes qui servent à protéger les radars de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) ainsi que d’autres radômes de surveillance météorologique pour Météo France. Cela étant, si l’entreprise indique ne pas faire d’export, elle vend à ses clients français des équipements dont 80 % partent à l’étranger. Ainsi, plusieurs milliers de radômes conçus à Morlaix sont installés sur les six continents…