Pays de la Loire
"Il y a toujours une confiance réelle dans l'industrie en Pays de la Loire"
Interview Pays de la Loire # Industrie # Conjoncture

Jean-François Reynouard président de la CCI Pays de la Loire "Il y a toujours une confiance réelle dans l'industrie en Pays de la Loire"

S'abonner

Entre l'incertitude politique et le manque de projection, beaucoup de chefs d'entreprise des Pays de la Loire sont aujourd'hui dans une position d'attente, constate Jean-François Reynouard. Pourtant, le président de la CCI régionale positive : la région peut compter sur une économie diversifiée et sur deux grands secteurs porteurs, l'aéronautique et la construction navale.

Jean-François Reynouard, président CCI Pays de la Loire, mise sur la variété des industries présentes dans la région pour assurer sa stabilité — Photo : Olivier Hamard

Quel bilan tirez-vous de ces derniers mois ?

En début d’année 2024, le climat économique était serein. La plupart des branches professionnelles avaient alors une bonne visibilité. Seul le bâtiment commençait à être en retrait, notamment au niveau des mises en chantier, et les acteurs du secteur pointaient déjà une inquiétude. Celle-ci s’est confirmée. On dit parfois "Quand le bâtiment va, tout va". L’inverse peut aussi être vrai, puisque les difficultés d’un secteur entraînent un engrenage. Par exemple, il y a eu moins de transport de matières premières, et les transporteurs ont donc aussi été touchés. Aujourd’hui, de nombreux secteurs manquent de visibilité.

À quoi est dû ce changement de situation en cours d’année ?

Les dirigeants sont dans l’attente de voir comment la situation va évoluer avant d’investir, par exemple dans l’agrandissement d’une usine. Il y a deux raisons à ce manque de projection et de visibilité : l’incertitude politique et le manque de projection. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2025 tarde à se dessiner. De plus, les banques font actuellement varier les taux. Cela entraîne des comportements d’attente, afin de voir si les taux seront plus bas demain. Les investissements industriels ralentissent, et les carnets de commandes ont tendance à diminuer. Entendons-nous bien : nous ne sommes pas dans une situation économique grave ou compliquée. Mais il y a une position d’attente par prudence.

Dans ce climat, comment se porte notre région ?

Il y a toujours une confiance réelle dans l’industrie en Pays de la Loire. Notre région est réputée pour sa stabilité. Nous marchons sur plusieurs pieds : l’agroalimentaire, l’agriculture, le maritime, l’automobile, etc. D’autres régions sont très fortes dans quelques secteurs en particulier, là où les Pays de la Loire sont multiformes. Nos cinq départements fonctionnent de manière différente, mais sont tous attractifs.

Quels sont les secteurs les plus porteurs pour le territoire ?

Deux grosses industries gardent une bonne visibilité. Tout d’abord, l’aéronautique. Les carnets de commandes sont pleins sur une longue période, et les sous-traitants ont de la visibilité (Airbus Atlantic a procédé en 2023 à 140 recrutements sur son site de Nantes, NDLR). La construction navale se porte également très bien. Les Chantiers de l’Atlantique sont en train de préparer la construction du porte-avions qui remplacera le Charles de Gaulle (Naval Group et Les Chantiers de l’Atlantique vont assurer la construction de l’imposant navire de guerre de 75 000 tonnes. Des centaines de recrutements sont prévus, NDLR).

À l’avenir, y a-t-il d’autres secteurs amenés à prendre une place plus importante dans la région ?

Parmi nos forts potentiels, les énergies marines renouvelables (EMR) sont incontournables. Grâce au premier parc éolien offshore à Saint-Nazaire, nous avons montré que nous avions les compétences sur le territoire. L’ambition est de développer un véritable écosystème qui puisse bâtir des champs aussi en dehors de nos territoires. Il y a également des synergies à mettre en place avec nos voisins, notamment la Bretagne, pour développer des compétences croisées.

L’année a pourtant été marquée par la suppression de plusieurs centaines d’emplois en Loire-Atlantique par General Electric dans les EMR. Comment interprétez-vous cette fragilité du secteur ?

Concernant GE Vernova, la mission est aujourd’hui de maintenir leur savoir-faire sur le territoire. Pour les EMR dans leur ensemble, je ne parlerais pas de fragilité, mais plutôt d’arythmie. Le déploiement des champs éoliens se fait obligatoirement sur le temps long, et il faut que les projets s’enchaînent pour les industriels. Stopper cette arythmie nécessite une planification sur le long terme. À l’échelle française, la publication des zones d’implantation des futurs parcs éoliens en mer est une bonne chose. Mais il faudra également une planification mondiale, pour mettre nos capacités en avant, et éviter les trous d’air. De plus, au-delà de la construction, notre région développe des compétences dans le déploiement et la maintenance des parcs. Cet écosystème doit être soutenu. Il pourra permettre de réaliser des déploiements ailleurs dans le monde, ou encore de former d’autres régions à la maintenance de leurs futures installations.

Y a-t-il d’autres secteurs, moins médiatisés que les EMR, qui feront la force à venir des Pays de la Loire ?

L’électronique professionnelle est un domaine très présent sur notre territoire. Nous avons des concepteurs comme le groupe angevin Eolane (2 400 salariés, 300 millions d’euros de CA) qui conçoit des cartes électroniques de pointe pour de nombreux marchés, comme l’industrie, la santé, ou encore les télécoms. Il y a également Lacroix (5 300 salariés) qui fabrique des composants électroniques et des objets connectés. Nous avons aussi des spécialistes de la R&D dans ce domaine. Je pense par exemple à Creative Eurecom, un laboratoire spécialisé dans la conception et l’industrialisation de systèmes électroniques à haute valeur ajoutée, et présent à Saint-Berthélemy d’Anjou. Ils sont à l’origine de la machine de l’entreprise Physidia, qui permet l’auto-dialyse à domicile. Il y a aussi le supercalculateur d’Atos, qui doit voir le jour à Angers. Cette usine est en phase de finalisation. Nous avons donc un écosystème complet dans l’électronique professionnelle. Or, ce domaine soulève d’énormes questions de souveraineté nationale ! Il est indispensable de ne pas perdre la main sur ces expertises et savoir-faire.

Quels sont les changements à anticiper dans les années à venir pour notre territoire ?

La population vieillit. Et la façade Ouest des Pays de la Loire est un fort lieu de villégiature. Il faut ainsi répondre à ce phénomène par plus de confort, des hébergements qui répondent aux attentes, ou encore développer les services de maintien à domicile et adapter les transports. C’est toute une économie, celle des seniors, qui prendra bientôt une nouvelle dimension. Nous avons le Gérontopôle, présent sur l’Île de Nantes, qui rassemble les acteurs publics et privés du bien vieillir. Comme dans d’autres domaines, ce rapprochement entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche est primordial pour faire émerger un écosystème solide sur le territoire.

Pays de la Loire # Industrie # Conjoncture # Écosystème et Territoire # Attractivité # Réseaux d'accompagnement # Politique économique