Horus 3D le sait, elle doit aller vite, très vite pour garder son avance. La petite entreprise de 5 salariés située dans la zone d’activité de l’Argile, à Mouans-Sartoux, conçoit et fabrique des imprimantes 3D dentaires mais aussi, ce qui est plus rare, les consommables, c’est-à-dire les résines, pour les utiliser. Ses clients sont essentiellement des prothésistes dentaires qui œuvrent pour des dentistes.
Un an avant d'être "copiés"
Elle a également mis au point une seconde machine, "unique au monde, assure son cofondateur et dirigeant, Eric Heremans. C’est un post-processeur qui lave les pièces dans un bain à ultrason, les sèche finalise la polymérisation avec des LED UV haute puissance et de la chauffe sous vide. Tout en un, au lieu d’utiliser plusieurs machines, et totalement automatisé, sans aucune intervention humaine, c’est la seule existant au monde."
Près de cinq ans de R & D ont donné naissance à ces innovations et à deux brevets. Pour cette phase de démarrage, Horus 3D a pu compter sur le soutien de la BPMed, de Bpifrance via la Bourse French Tech ou d’un prêt innovation R & D, ou encore d’Initiative Pays de Grasse. Un total de 500 000 euros d’emprunts et d’aides. Mais aujourd’hui, face à la concurrence américaine et asiatique, elle a besoin de nouveau soutien pour financer son développement commercial et conserver son avance. "Il n'y a pas d'aides à ce stade de notre développement. Nous n'avons que deux options : ouvrir notre capital, puisque nous recevons des propositions, mais nous préférerions éviter; ou compter sur de l'autofinancement, ce qui prendra trop de temps." Les commandes sont là, qui viennent de France, d’Allemagne et même du Mexique, mais pas de quoi financer l'accélération nécessaire. "Des entreprises comme les nôtres, à notre stade, ont déjà levé 7 à 10 millions d’euros à l’étranger, notamment aux États-Unis, reprend le dirigeant. Parce que ce n’est pas un marché qu’il faut explorer, puisqu'il existe déjà. Nous avons un an pour réagir. Parce qu’entretemps, nous serons copiés !"
Fiabilité made in France
Dans son atelier, Horus 3D peut à ce jour fabriquer jusqu’à 4 machines par jour. Avec des pièces made in France et même made in Côte d’Azur pour tout ce qui peut l’être : les cartes électroniques viennent de chez la PME voisine Electronie, la tôlerie de MEI Industries à Carros. De quoi assurer fiabilité, performance et une rapidité difficile si ce n’est impossible à égaler pour les concurrents étrangers. "Les laboratoires cherchent la performance pour baisser leurs coûts de production, souligne Eric Heremans. Il y a l’investissement dans la machine mais après, c'est elle qui travaille. Et rapidement. Un dentiste qui envoie une empreinte dentaire le matin sera livré le lendemain. Ce genre de technologies va permettre aux laboratoires d’être compétitifs par rapport aux prothèses asiatiques."
En attendant, Horus 3D prépare des salons internationaux pour donner de la visibilité à ses innovations et travaille déjà sur de nouvelles résines, biosourcées et biodégradables, notamment pour l’industrie, ainsi qu’à une nouvelle version, plus grosse, de sa machine. L’entreprise comptera un premier chiffre d’affaires à fin 2025 et vise alors entre 500 000 et 700 000 euros.