Handicap! Le mot effraie encore et les préjugés ont la vie dure. Le taux d'emploi des personnes handicapées en France est en moyenne deux fois inférieur à celui des personnes non handicapées.
Des études menées sur le sujet, il ressort que le principal frein à l'emploi des personnes handicapées demeure la méconnaissance du handicap. On imagine des personnes atteintes d'invalidités lourdes alors que plus de 85% des travailleurs handicapés ne nécessitent aucun aménagement de leur poste de travail.
Sur 1,4 million de personnes reconnues handicapées, seuls 14% sont en fauteuil roulant (source INSEE). Diabète, surdité, déficience visuelle, problèmes de dos... font davantage partie des handicaps reconnus sans être toujours visibles. Les choses évoluent pourtant sous la pression du législateur. La loi handicap de 2005 oblige les entreprises de plus de 20 salariés à employer des travailleurs handicapés à hauteur de 6% de leur effectif. Faute de respecter ce seuil, les entreprises doivent s'acquitter de pénalités versées à l'Agefiph (Association de gestion des fonds pour l'insertion des personnes handicapées).
Depuis janvier 2010, les pénalités sont majorées pour les sociétés n'ayant mené aucune action en faveur de l'emploi des personnes handicapées au cours des trois dernières années. La pénalité annuelle par personne handicapée manquante dans l'effectif passe à 1.500 fois le Smic horaire brut (soit 13.290 € bruts) contre 400 à 600 fois auparavant. Un exemple: une entreprise de 300 salariés est tenue d'employer 18 travailleurs handicapés. Si ce n'est pas le cas, le montant annuel de sa contribution financière à l'Agefiph passe de 76.000 à 227.620 € depuis le premier janvier 2010. Ces pénalités financières ont de quoi faire réfléchir les chefs d'entreprise. En 2010, la peur du gendarme l'a ainsi emporté sur la crise. Une entreprise sur quatre a recruté du personnel handicapé.
Une entreprise sur cinq ne prend aucune initiative
De la sorte, 48% des entreprises privées françaises atteignent ou dépassent l'objectif de 6% (source Agefiph). 45% n'atteignent pas ce quota légal. Pire, 21% ne font aucune démarche en direction des personnes en situation de handicap. Ces entreprises, dites à «quota zéro», qui remplissent leur obligation uniquement au moyen de la contribution Agefiph, sont toutefois en net recul (- 65% de 2006 à 2009).
Quelles stratégies mettre en oeuvre pour respecter l'obligation légale? Comment construire une politique handicap efficace? À quels coûts et pour quelles retombées?
Pour 2011, la prudence semble de mise. Faire travailler le secteur adapté et maintenir dans l'emploi les salariés handicapés sont les deux actions prévues en priorité par les RH et les chefs d'entreprise, selon le baromètre emploi et diversité, réalisé par Missionhandicap.com et Le Figaro. L'intégration de personnes en situation de handicap dans les entreprises ne s'évalue pour autant pas à la seule aune de la comptabilité. À l'heure où la RSE (responsabilité sociale des entreprises) est mise en avant, les actions autour du handicap sont un moyen de recentrer les politiques de l'entreprise sur l'humain. Dans ce contexte, le handicap peut devenir un levier de performance.