À Vendenheim, dans le Bas-Rhin, à une quinzaine de minutes de Strasbourg, le groupe Hager, spécialiste des installations électriques, donne corps à sa stratégie de décarbonation. Présent dans plus de 100 pays, le groupe emploie 13 000 collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros en 2024. Ses composants sont produits sur 23 sites dans le monde.
Sur les 27 500 m² du site logistique de Vendenheim, deux initiatives concrètes illustrent sa trajectoire bas carbone : un système de chauffage biomasse et des bornes de recharge pour poids lourds électriques. Ces investissements — 640 000 euros au total, dont 230 000 euros d’aides via le dispositif Climaxion de l’Ademe et la Région Grand Est et d’autres aides publiques — visent à réduire de 50 % les émissions directes (scopes 1 et 2) d’ici 2030. Le groupe avait déjà atteint une baisse de 21 % en 2021.
540 000 euros pour chauffer au bois vosgien
Installée en remplacement du chauffage au gaz naturel, la chaudière biomasse de Vendenheim est alimentée par des copeaux issus des forêts vosgiennes et de la Forêt-Noire, livrés toutes les semaines à dix jours selon la météo. L’investissement s’élève à 540 000 euros, dont une part de subventions régionales Climaxion. Les anciennes chaudières ont été revendues, et les cendres produites sont valorisées en compostage.
Le système devrait permettre une réduction de 100 tonnes de CO₂ par an sur le seul site de Vendenheim. L’estimation a été validée par l’énergéticien ÉS. "Ce projet pilote pourrait être répliqué ailleurs si les résultats sont au rendez-vous", indique Florence Moro, directrice Logistique du groupe, lors de la visite du site.
Des camions électriques pour verdir le fret
Deuxième levier : des bornes de recharge haute puissance Kempower (jusqu’à 360 kW, dont une de 200 kW déjà en service) pour poids lourds électriques, une première en France pour un site industriel. En partenariat avec Scania (entre autres), Hager a déployé ce dispositif pour ses flux intersites, avec un coût estimé à 100 000 euros.
La navette électrique quotidienne avec Obernai permet déjà de réduire de 100 tonnes de CO₂ par an, avec une projection à 260 tonnes évitées, soit 6 % du trafic routier du site et 1% des émissions totales du groupe. Les camions, fournis par les transporteurs Huck Logistique et Schöndorf-Groupe, roulent jusqu’à 350 km avec une charge utile de 10 tonnes, et effectuent des recharges intermédiaires en journée.
"Ces tracteurs électriques atteignent un million de kilomètres avant de perdre 20 % de capacité batterie. Les bornes ont été installées ici car, côté français, l’électricité est moins carbonée qu’en Allemagne", précise Tommy Gassmann, coordinateur transports. Pour l’heure, les bornes restent réservées à l’usage exclusif d’Hager.
Un investissement stratégiquement rentable
Selon le groupe, ces initiatives réduisent à la fois les coûts énergétiques et permettent d’échapper à certaines taxes carbone. Notamment celle de l’autoroute pour rejoindre le site Hager allemand le plus proche.
Matthieu Alexandropoulos, directeur groupe en charge de la RSE, met en avant un gain économique qui ne sera réel que sur du long terme : "Ce que nous investissons aujourd’hui sera compensé par des économies structurelles sur le carburant, l’énergie et la fiscalité."
Pour le scope 3 — les émissions indirectes, hors contrôle direct de l’entreprise — Hager vise une réduction de 25 % d’ici 2030, par rapport à 2021. Cela passe par des leviers comme l’écoconception et la relocalisation des achats. À titre d’exemple, un changement de fournisseur en Chine vers un fabricant français pour un composant plastique a permis une réduction de 32 % des émissions associées.
Des travaux RSE en cours
Hager a obtenu la certification Ecovadis Platinum fin 2024. Celle-ci récompense les entreprises les plus avancées en matière de RSE. La stratégie climat du groupe est pilotée par un comité interne dédié, qui suit avec attention les indicateurs de performance RSE. "Nous avons entamé des discussions concernant les indicateurs sociaux en lien avec nos Ressources Humaines", indique Matthieu Alexandropoulos.
Impliqué dans la stratégie de décarbonation, le comité de direction perçoit un intéressement en part variable lié à ces objectifs.