100 millions d’euros d’investissement, une unité industrielle de 25 000 m²… C'est un véritable projet d’envergure pour le groupe Thébault (400 salariés : 100 M€ de CA en 2024) ?
L’usine de Haute-Loire sera la plus importante du groupe, plus grande que nos cinq autres sites implantés dans les Deux-Sèvres, les Landes et l’Aube et au Gabon. L’objectif est de produire 100 000 m3 de LVL (bois stratifiés) par an. Ce sera un produit nouveau et complémentaire pour notre groupe, puisque ce sont de gros panneaux contreplaqués plus épais qui pourront mesurer jusqu’à 1,85 mètre par 18 mètres de long. Il s’agira de la première usine de LVL dans tout le sud-ouest de l’Europe. Nous voulions être les premiers, car il n’y a la place que pour une unité, compte tenu de la demande et des ressources. Pour l’instant, les concurrents sont Finlandais, Suédois ou Allemands.
Pourquoi avoir choisi de vous développer sur ce marché ?
Le LVL est un produit d’ingénierie de très haute performance, un produit sobre grâce à ses performances mécaniques. Il peut être utilisé en poteaux, poutres, plancher, en murs, en sous-toiture et surtout sur de grandes longueurs. Cela permet de gagner en légèreté et de préserver de la matière première. Avec ce produit, nous sommes capables de faire plus avec moins de bois. Surtout, c’est un matériau biosourcé en plein essor. Il s’inscrit dans la décarbonation nécessaire et obligatoire de la construction pour lutter contre le dérèglement climatique.
Le débouché principal, vous l’avez dit, sera la construction (le reste partira pour la structure de canapés ou de la menuiserie), n’êtes-vous pas inquiet par le ralentissement du secteur ?
Nous pouvons constater que, malgré la crise que traverse le secteur, le marché du bois ne baisse pas en volume. Nous gagnons des parts de marché sur les autres matériaux, notamment grâce aux réglementations et la satisfaction des nouveaux utilisateurs. En tant que transformateur de bois, on ne peut être qu’optimiste. Le LVL peut être utilisé aussi bien dans le neuf que la rénovation et comme il est très léger, il est parfait pour les surélévations. Notre production partira à 80 % à l’export, notamment en Europe et sur de gros marchés comme les USA, l’Australie ou le Japon. Nous espérons que la part du marché français augmentera notamment grâce à la RE 2020 (réglementation énergétique et environnementale pour la construction neuve, NDLR) qui oblige progressivement la construction à utiliser des matériaux biosourcés. Il faut que le LVL gagne aussi en notoriété. Notre nouvelle offre y participera.
Pourquoi avez-vous choisi de vous implanter en Auvergne et où les travaux de l’usine en sont-ils ?
Les travaux sont dans les temps et la production devrait pouvoir débuter en octobre prochain. Le niveau d’avancement du chantier est de 70 %. Nous avons notamment bien avancé sur l’installation du parc de machines qui sera très important avec une écorceuse, une dérouleuse, un séchoir, une encolleuse, des presses, une ligne de découpe… L’équipement représente 70 % de l’investissement global, soit 70 millions d’euros. Quant au choix de la Haute-Loire… Nous voulions diversifier les essences de bois que nous travaillons. Après des études menées partout en France, il est ressorti qu’il y avait ici un gisement important de sapins pectinés, très adaptés pour le LVL. Ce sera notre 4e essence après le peuplier, le pin maritime et l’okoumé. Avec cette unité, nous sécurisons donc notre approvisionnement et nous continuons à mailler le territoire français, ce qui permet de nous garantir une continuité d’activité en cas d’incidents météorologiques comme des coups de vent en forêt par exemple. Sur ce projet, nous nous sommes associés à une scierie locale, le groupe Cenzato, qui connaît bien le massif ce qui est rassurant. Il détient 10 % de l’usine.
Quel est l’objectif en termes de développement pour le groupe Thébault ?
Le LVL est un vrai relais de croissance et il y aura de nombreuses synergies avec nos autres sites. Avec cette nouvelle usine en Haute-Loire, nous comptons doubler notre chiffre d’affaires dans les 6 à 7 ans et donc changer de dimension. Notre unité auvergnate devrait employer 40 personnes dans un premier temps, 80 en fin d’année prochaine. Nous sommes en train de former nos nouvelles recrues. Il nous reste encore à réaliser 20 à 25 embauches d’ici octobre sur des postes d’agents de production et de techniciens de maintenance.