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Grégory Sanson (Lille Place Financière) : "Le développement durable est un développement rentable"
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Grégory Sanson président de Lille Place Financière "Le développement durable est un développement rentable"

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L'association Lille Place Financière, qui réunit des acteurs de la finance et de l'assurance, lance un rendez-vous annuel dédié à la finance durable, à destination des entreprises. La première édition s'est tenue début octobre, à l'IAE de Lille, avec 120 participants. L'objectif ? Convaincre les dirigeants, dans un contexte économique tendu, que "le développement durable est un développement rentable", selon Grégory Sanson, son président.

Grégory Sanson, président de Lille Place Financière et directeur général adjoint du groupe Bonduelle — Photo : Bonduelle

La finance durable est-elle devenue incontournable pour les entreprises ?

Il n’est plus possible aujourd’hui de considérer un retour sur investissement sous son seul aspect financier. Il faut inclure dans l’équation le fait que l’économie vit à crédits sur la planète et cela change tout. Il est nécessaire de revisiter ces critères, sachant que les dépenses pour réaliser la transition écologique en France sont estimées à 170 milliards d’euros sur 30 ans, contre un coût de l’inaction chiffré à 270 milliards d’euros. Ce changement de regard est d’ailleurs porté par la CSRD (une directive européenne applicable depuis le 1er janvier 2024, NDLR), qui fait peur à tout le monde, en contraignant les grandes entreprises à publier des rapports extra-financiers, ce qui ruisselle sur leurs fournisseurs et sous-traitants.

"Il s'agit de dédramatiser l'écologie punitive, pour accepter l'idée que le développement durable est un développement rentable"

Il faut faire monter en compétences les acteurs économiques sur ce sujet et l’écosystème financier a un rôle à jouer. Il s’agit de dédramatiser l’écologie punitive, pour accepter l’idée que le développement durable est un développement rentable. Lille Place Financière n’a rien à vendre lors de ce rendez-vous. L’objectif est d’accompagner les chefs d’entreprise, qui n’ont pas forcément le temps de se pencher sur la question. Or se lancer dans le développement durable, c’est avant tout une affaire de prise de conscience et de conviction.

Est-ce qu’il y a encore des réticences à lever du côté des dirigeants ?

La question qui se pose encore chez les dirigeants, ce n’est pas le pourquoi, mais le comment y parvenir. Le contexte économique actuel peut ralentir un certain nombre de démarches : les difficultés de la filière bio en témoignent… Les entreprises qui se lancent dans une démarche RSE ont pourtant à y gagner sur le plan de la rentabilité. Le Casier Français (une PME nordiste qui conçoit des distributeurs automatiques pour la vente directe de produits frais, NDLR) a témoigné en ce sens lors de cette première matinale dédiée à la croissance durable. Cette PME a investi 5 000 euros dans l’optimisation de ses flux. Une somme qu’elle a récupérée au bout de deux mois et désormais, cette opération lui permet de gagner 2 500 euros tous les mois.

"Je n'assiste pas aujourd'hui à un seul entretien de recrutement sans que le candidat ne pose une question sur l'engagement RSE."

Même dans un contexte tendu, les entreprises sont gagnantes. Sans oublier que cela a des conséquences sur l’attractivité de l’entreprise : je n’assiste pas aujourd’hui à un seul entretien de recrutement sans que le candidat ne pose une question sur l’engagement RSE du groupe Bonduelle (Grégory Sanson en est le directeur général adjoint, NDLR).

Quels sont les outils à disposition des entreprises ?

Le financement à impact se développe, permettant aux entreprises de transformer les contraintes en opportunités. Les fonds d’investissement ciblent davantage les projets durables, les banques mettent en place des offres de financement dédiées aux engagements RSE. Il existe encore des aides publiques ou parapubliques, comme celles de l’Ademe. Les assurances accompagnent par ailleurs les entreprises dans l’identification des risques auxquels elles sont exposées, par exemple les inondations ou une usine construite sur un terrain argileux, tout en apportant des solutions. Enfin, je voudrais souligner que s’il y a une nette dominante environnementale quand on parle d’engagement durable, il ne faut pas oublier le volet sociétal. Si la société n’est pas inclusive, ce n’est bon pour personne, y compris pour les entreprises.

Lille # Finance # Réseaux d'accompagnement # RSE