La prime de départ de 14M€ - puis 8 – attribuée à Michel Combes, l’ex-DG d’Alcatel-Lucent, a rouvert en France le débat sur les rémunérations des cadres dirigeants. Dans ce contexte, Le Journal des entreprises s’est rapproché de Cadreo, spécialiste de l’emploi des cadres en France* (Groupe RégionsJob), pour observer les questions de rémunération dans les comités de direction hors de la région parisienne. Nous avons ainsi passé à la loupe les salaires de six fonctions habituellement présentes autour de la table d’un Codir DG, DAF, DRH, DSI, directeur commercial et directeur marketing.
60.000 cadres à plus de 200 K€
Premier constat qui saute aux yeux : la modération salariale. Hormis la fonction de directeur général, qui arrive en tête et dépasse la barre des 75 K€ annuels, les plus hauts cadres dirigeants des entreprises en région dépassent rarement les 60 K€. Autre surprise, c’est la fonction de directeur des systèmes d’information qui arrive en deuxième position sur l’échelle des salaires (moyenne de 60,2 K€), devant celle de directeur commercial (59,4 K€). Faut-il y voir l’accélération de la numérisation des entreprises et l’importance croissante donnée aux femmes et hommes de l’informatique ? David Beaurepaire, responsable d’activités de Cadreo, tempère en rappelant que les avantages complémentaires, comme la participation, l’intéressement, le véhicule de fonction, l’assurance-vie ou la retraite complémentaire viennent améliorer les rémunérations. Notamment pour les fonctions commerciales. Avec un salaire moyen annuel autour de 55 K€, directeurs marketing, DAF et DRH ferment la marche.
Ces éléments battent en brèche l’idée selon laquelle le statut de cadre signifie obligatoirement grosse rémunération. « 2 millions des 3,5 millions de cadres en France gagnent plus de 50 K€, rappelle David Beaurepaire. Et sur ces 2 millions, la moitié se situe entre 50 et 60 K€.»
Reste que certains cadres dirigeants gagnent beaucoup plus que cette moyenne. 59.200 salariés reçoivent ainsi plus de 200 K€ par an d’émoluments (une population exclue de notre panel afin de ne pas fausser les moyennes). Parmi eux, des dirigeants de PME, des cadres administratifs et financiers, des cadres commerciaux mais aussi des pilotes, des avocats ou médecins salariés,etc. Une population plutôt expérimentée: près de la moitié est ainsi âgée de 50 ans et plus, et un tiers a entre 40 et 50 ans. Autre enseignement à tirer de ces données, le critère géographique. La logique voulant qu’une région dynamique sur le plan économique propose de plus grosses rémunérations n’est pas vraiment respectée. Rhône-Alpes affirme ainsi sa traditionnelle position dominante après l’Ile-de-France, en occupant quatre des six premières places. « En revanche, l’impact du poids économique est moins direct en Paca et Midi-Pyrénées », relève David Beaurepaire.
Côté sectoriel, et cela ne surprendra personne, c’est la banque-finance-assurance qui rémunère le plus pour la majorité des fonctions (DAF, directeur commercial, DG, directeur marketing). Et l’industrie (hors construction) arrive souvent derrière, avec néanmoins un delta important avec la banque pour certaines fonctions, comme celle de DG (différence de 14 K€).
TIC et numérique à la traîne
En revanche, s’il y a un secteur qui ne tire pas vraiment son épingle du jeu, c’est bien celui des TIC-informatique-numérique. Sur les six fonctions observées, il occupe quasiment toujours l’une des deux dernières places. Seul le directeur marketing - quand il y en a un! - peut se targuer d’être mieux rémunéré que dans la construction, les services aux entreprises ou la distribution et le commerce.