À Strasbourg, la Fondation Force s’apprête à franchir un cap. À l’occasion de ses 35 ans, célébrés en 2026, la fondation alsacienne dédiée à l’innovation et à la recherche en santé amorce une nouvelle phase de son développement : l’ouverture de son modèle philanthropique à de nouveaux mécènes, notamment issus du monde économique. Un tournant stratégique pour une structure longtemps financée quasi exclusivement par des fonds privés historiques.
Créée en 1991 par l’industriel Robert Lohr, la fondation bénéficie aujourd’hui d’un capital de 20 millions d’euros, issu en grande partie du legs de son fondateur. "Ce legs nous permet de fonctionner de manière indépendante et d’agir sur le temps long", souligne son président, le professeur Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine de Strasbourg. Chaque année, environ 1 million d’euros est ainsi redistribué directement à des projets de recherche et d’innovation médicale, sans dépendance structurelle à des financements publics.
Un appel aux mécènes pour changer d’échelle
Si la fondation n’est pas confrontée à une urgence financière, l’ouverture au mécénat répond à une logique de changement d’échelle. L’ambition affichée est claire : renforcer sa capacité d’action pour accélérer le passage des innovations du laboratoire au patient, et structurer des programmes plus lourds à horizon 2031. " Nous voulons devenir une fondation stratégique, capable d’initier et de porter des projets structurants ", résume Jean Sibilia
Argument central pour les entreprises : 100 % des dons sont affectés aux projets, sans prélèvement pour les frais de fonctionnement. " Cent euros donnés, cent euros distribués ", insiste Lila Mérabet, directrice de la Fondation Force, qui met en avant la traçabilité et l’auditabilité de ses flux financiers, dans le cadre de son statut de fondation reconnue d’utilité publique.
Un tiers de confiance scientifique
Autre pilier du modèle : la crédibilité scientifique. Les projets soutenus sont sélectionnés par un conseil scientifique indépendant, présidé par le prix Nobel de médecine Jules Hoffmann, avec un taux de sélection inférieur à 25 %. Cette exigence constitue un véritable label pour les porteurs de projets, mais aussi un facteur de sécurisation pour les partenaires économiques. " La validation par la fondation facilite ensuite l’engagement d’acteurs comme Bpifrance ou d’investisseurs privés ", appuie Lila Mérabet.
Depuis cinq ans, la Fondation Force a soutenu 38 projets, dont 18 en recherche clinique, mobilisant plus de 600 professionnels de santé et chercheurs. Environ 70 % des initiatives accompagnées ont débouché sur des résultats transférables, qu’ils soient cliniques, organisationnels ou technologiques.
Un mécénat pensé comme levier territorial
Pour les entreprises, "l’intérêt dépasse la seule image", argue la directrice. La fondation revendique un rôle de sas entre recherche publique et marchés : accès à des projets très en amont, contribution à une marque employeur territoriale, participation à des innovations à impact mesurable en oncologie, intelligence artificielle médicale ou prévention. Dans certains cas, les dotations peuvent même être transformées en prises de participation, à la demande des porteurs de projets.
Très ancrée en Alsace, la Fondation Force revendique un positionnement territorial assumé, tout en cherchant à élargir son rayonnement à l’échelle régionale et européenne. Un équilibre délicat, à l’heure où les financements de la recherche sont sous tension. La fondation parie sur l’alliance entre philanthropie privée et monde économique pour accélérer l’innovation utile. Et durable.