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Feu vert du Conseil d’État pour rénover le Canal du Rhône au Rhin, un chantier à 45 millions d’euros en Alsace
Alsace # Travaux publics # Aménagement du territoire

Feu vert du Conseil d’État pour rénover le Canal du Rhône au Rhin, un chantier à 45 millions d’euros en Alsace

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Le Conseil d’État a levé la suspension des travaux de restauration du canal du Rhône au Rhin, ouvrant la voie à un chantier public estimé à plus de 45 millions d’euros. Entre ambitions touristiques, recharge de la nappe phréatique et contestation écologique, le projet divise autant qu’il mobilise.

L'ancien Canal du Rhône au Rhin devrait voir ses travaux reprendre dès que possible — Photo : © Stadler/Région Grand Est. 

C’est un nouveau coup d’accélérateur pour le chantier controversé du canal du Rhône au Rhin. Le Conseil d’État a annulé, mardi 22 juillet, la suspension des travaux prononcée en référé en octobre 2024 par le tribunal administratif de Strasbourg. Saisi par des associations écologistes, le juge des référés avait alors estimé qu’il y avait un risque environnemental immédiat. Pour la plus haute juridiction administrative française, les mesures de protection mises en place par la Région Grand Est suffisent à écarter tout « dommage irréversible » aux zones humides, aux arbres ou aux espèces protégées.

Un investissement public massif

La décision permet à la Région Grand Est de relancer un projet estimé à plus de 45 millions d’euros d’argent public. Les travaux portent notamment sur la remise en état des écluses, la recharge de la nappe phréatique d’Alsace — dont le canal n’assure plus correctement la fonction selon la Région — la restauration de la trame verte et bleue, ainsi que la construction d’une micro-centrale hydroélectrique censée alimenter les foyers du territoire.

Le projet s’inscrit aussi dans une stratégie d’aménagement de long terme autour du tourisme fluvial et des mobilités douces. De quoi favoriser la rénovation des chemins cyclables et de randonnée le long de la voie d’eau, ainsi que la navigation de plaisance. Avec des espaces ponctués de guiguettes (notamment sur les écluses). Objectif : revaloriser les 21 km de canal entre Artzenheim (Haut-Rhin) et Friesenheim (Bas-Rhin). Déclassé du domaine public fluvial en 1984, ce tronçon avait été abandonné à la nature, n’étant plus jugé utile à la navigation commerciale.

L’ancien canal débute en Allemagne et se poursuit jusqu’à Artzenheim (Haut-Rhin). Le segment concerné débute lui à Friesenheim (Bas-Rhin) — Photo : capture écran Gmaps

Des retombées économiques en ligne de mire

Derrière l’argument écologique avancé par la Région se dessine aussi une logique de développement territorial, avec l’ambition d’attirer les visiteurs, de créer de l’emploi local et faire revivre un axe longtemps abandonné. L’hypothèse d’un retour sur investissement via le tourisme fluvial, les activités de loisirs et les aménagements locaux est mise en avant. Des acteurs économiques, agricoles et associatifs sont associés à un comité de pilotage.

Franck Leroy, président de la Région Grand Est, salue une décision qui apporte « satisfaction et soulagement », évoquant une " co-construction " du projet dès son origine, même si les associations écologistes contestent cette version.

Une enquête publique toujours en cours

Les opposants, parmi lesquels Alsace Nature, dénoncent au contraire une artificialisation d’un écosystème qui s’est régénéré depuis 40 ans, et un chantier qu’ils jugent coûteux, peu prioritaire et guidé par une « écologie de vitrine ».

Ils soulignent aussi le caractère fragmentaire du projet : si la phase 1 reprend, la phase 2 — plus lourde — fait encore l’objet d’une enquête publique à venir. Et les juges du fond du tribunal administratif ne se sont pas encore prononcés. Ce qui signifie que la bataille judiciaire n’est pas terminée.

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