Nantes
Faguo : "Nous retrouvons notre indépendance en reprenant la main sur notre capital"
Interview Nantes # Textile

Nicolas Rohr cofondateur et dirigeant de Faguo "Nous retrouvons notre indépendance en reprenant la main sur notre capital"

S'abonner

La marque de mode nantaise écoresponsable Faguo, cofondée et dirigée par Nicolas Rohr, retrouve son indépendance en sortant du giron du groupe Éram. Afin de soutenir sa croissance et sa recherche et développement, elle opère une levée de fonds de 15 millions d’euros et fait entrer deux nouveaux investisseurs dans son capital et quatre salariés de la direction.

Nicolas Rohr et Frédéric Mugnier, cofondateurs et dirigeants de Faguo — Photo : David Pouilloux

Faguo retrouve son indépendance en quittant le groupe Éram, qui possédait jusqu’alors 49 % de son capital. Qu’est-ce qui a motivé ce changement d’actionnariat ?

Il est très important pour nous de cultiver notre singularité, et il était temps de retrouver notre indépendance. Notre singularité repose sur le fait que nous sommes dans la "fair fashion", c’est-à-dire dans une mode responsable qui réduit son empreinte carbone en utilisant un maximum de matières recyclées dans ses vêtements, baskets, accessoires, bagagerie… Nous défendons la seconde main et la réparabilité du prêt-à-porter. Nous sommes labellisés B-Corp et nous sommes une entreprise à mission. Nous avons une philosophie unique. Nous tenons à cultiver cette singularité en famille, en quelque sorte. Nous retrouvons notre indépendance, en reprenant la main sur notre capital, à hauteur de 70 %, entre Frédéric Mugnier, qui a cofondé Faguo et codirige la société, et moi-même. Deux fonds, Sodero Gestion et NextStage AM, entrent à hauteur de 25 % et quatre salariés de la direction prennent environ 5 %.

Le modèle de l’entreprise familiale vous inspire-t-il ?

Le groupe Éram est une entreprise familiale, et, même si notre aventure commune s’achève, nous avons beaucoup de respect, de reconnaissance et d’amitié pour les personnes qui dirigent cette entreprise. Pour Faguo, le côté famille se retrouve dans l’opération de changement de répartition du capital. Elle permet l’intéressement de l’ensemble de nos 110 salariés à la valeur créée lors de cette opération, grâce au dispositif de la loi Pacte qui permet de reverser une partie des plus-values réalisées. C’est une façon de les associer à la performance de l’entreprise, à sa réussite.

Ce changement au capital s’accompagne-t-il d’une levée de fonds importante pour Faguo ?

Effectivement, nous levons 15 millions d’euros. Une bonne partie de cette somme sera consacrée à trois objectifs principaux. Le premier, c’est de recruter de nouveaux collaborateurs, et le second d’ouvrir de nouvelles boutiques. Faguo, c’est aujourd’hui 110 salariés, 21 millions d’euros de chiffre d’affaires et 40 boutiques. Nous allons en ouvrir six nouvelles cette année, dont une dans quelques semaines à Vincennes. L’autre objectif prioritaire est de fortement développer notre recherche et développement. Aujourd’hui, dans un tissu, il est difficile de mettre plus de 35 % de matières recyclées sans altérer sa qualité. Il faut donc innover, faire davantage de tests et également soutenir la recherche de nouvelles matières pour nos nouvelles gammes.

Vous êtes l’un des acteurs clés dans la mode dite "responsable" en France. Que représente ce secteur aujourd’hui ?

En France, il se vend chaque année 2,5 milliards de vêtements et de chaussures (soit environ 50 milliards d’euros dépensés par les Français, NDLR). Faguo, c’est 500 000 articles par an, soit moins 0,01 % de ce marché. L’ensemble de la "fair fashion" (mode responsable) en France, cela doit représenter entre 2 et 3 %. Notre ambition, c’est de faire comprendre qu’il faut arrêter de consommer de la mode à toute vitesse. Nous lançons deux nouvelles collections par an, pas dix. Je comprends que chacun de nous ait envie de se singulariser en achetant des vêtements ou des chaussures qui le différencient des autres. Nous avons aussi besoin de nous sentir beaux, habillés avec de beaux vêtements. La créativité est importante, mais à quel rythme doit-on acheter de nouveaux vêtements sans se poser la question de notre impact sur la planète ?

Quelle est votre vision, justement, sur le long terme ?

Mon rêve est clair. Je défends l’idée que l’on devrait réduire de moitié, d’ici à 2042, l’achat de vêtements et de chaussures, à l’échelle de la France, c’est-à-dire descendre à 1,2 milliard de produits. Il faut acheter moins, mais mieux. Faire confiance à des marques engagées, qui donnent du sens à nos achats. Agir pour infléchir les ventes des marques qui font n’importe quoi, tant pour les ressources de la planète que dans la façon de traiter leurs salariés, et faire croître les marques vertueuses sur le plan environnemental et social. L’ambition serait que la "fair fashion" occupe 50 % de cette part de marché en 2042. La part de Faguo dans ce panier ? Environ 2 %, avec 20 millions de vêtements et chaussures. Soit une multiplication par 40 de notre production. Nous avons l’amour du temps long.

Nantes # Textile # Commerce # Distribution # E-commerce