Pouvez-vous présenter Tecofi (250 collaborateurs, 70 M€ CA) ?
Tecofi conçoit, fabrique et commercialise de la robinetterie industrielle pour les marchés de l’eau, du génie climatique et de l’industrie (biogaz, papeterie, cimenterie, agroalimentaire et chimie). L’entreprise, dont le siège est implanté à Genas (100 salariés), dans le Rhône, réalise plus de 70 % de son activité à l’international. Nous avons fourni des équipements pour le tunnel Euralpin Lyon/Turin et la cave vinicole de Tain dans la Drôme. Pour l’avenir, nous travaillons sur l’appel d’offres de la rénovation de l’usine de traitement d’eau de la Pape. dans la métropole de Lyon. En attendant d’entrer chez CNR…
Vous allez démarrer les travaux de construction d’une nouvelle usine de 16 000 m² à Corbas, commune où est déjà installé votre site actuel, quel est le projet ?
Ce nouveau site, dont nous serons propriétaires, va faire l’objet d’un investissement de 20 millions d’euros, incluant l’achat du terrain à la Métropole de Lyon. À compter de fin 2027, il remplacera l’usine actuelle. Nous allons démarrer les travaux en avril pour une livraison à la fin de l’année. Nous avons l’intention de relocaliser d’autres produits phares comme les clapets à actionnement rapide, les opercules et les vannes à papillon de gros diamètre. D’ici 2030, nous allons embaucher 80 personnes (ingénieurs R & D, usineurs, fraiseurs, caristes, etc.), qui viendront rejoindre les 50 salariés du site de Corbas.
Vous allez notamment y relocaliser la production de vannes à guillotine qui était jusqu’à récemment fabriquées dans votre usine chinoise. Pourquoi avoir choisi cette famille de produits ?
La vanne à guillotine est un équipement de sécurité de grande taille (1 à 8 mètres de haut) qui permet d’ouvrir et fermer un réseau d’eau pour maintenance ou régulation. On relocalise la vanne en inox parce que c’est un matériau plus noble (résistance à la corrosion et étanchéité) et stratégique pour des applications comme le traitement et le dessalement eau, les usages alimentaires, la Défense, l’industrie papetière, etc.
L’équipement de production pour ces vannes à guillotine produites dans le Rhône représente un montant de 500 000 euros, dont 104 909 euros ont été financés par le pack Relocalisation de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous avons démarré la production début 2025 sur notre site actuel mais à terme, cette ligne de production sera hébergée dans notre nouvelle usine de 16 000 m² (versus 13 000 m² pour l’actuelle usine en location).
Pourquoi avoir relocalisé ?
Nous ne voulons plus nous retrouver dans la situation que nous avons subie pendant la crise sanitaire. Nos approvisionnements ont été interrompus à plusieurs reprises et à partir de 2021, le prix du transport maritime par conteneurs a été multiplié par quatre. De surcroît, nous visons des marchés pour lesquels la présence locale est cruciale, comme le traitement de l’eau, le BTP, la Défense et l’énergie. Enfin, je suis intimement convaincu que le made in France, outre son intérêt pour la réindustrialisation de notre économie, est vendeur à l’international, où nous réalisons déjà 70 % de nos ventes.
Comment se déroule concrètement une relocalisation et quels en sont les bénéfices ?
L’assemblage, l’usinage et les tests sont effectués dans notre usine de Corbas (Rhône) au nord de Lyon, avec un approvisionnement en inox chez ArcelorMittal au Creusot et en Europe. Quand on relocalise, on rapatrie ici des maillons de la chaîne de valeur. Ce qui permet de sécuriser des approvisionnements, d’avoir un meilleur suivi qualité, des délais de livraison plus courts, sans parler de la réduction du coût du transport. Et la suppression des aléas sur le cours des monnaies.
Est-il plus cher de produire en France ?
Non, nous n’avons pas augmenté nos prix. Nous avons d’une part bénéficié d’économies sur le coût du transport que nous ne supportons plus et d’autre part, nous avons réduit des coûts d’exploitation en modernisant nos processus de fabrication.
Au final, dans ces conditions, il n’est pas plus cher de produire en France. C’est aussi parce qu’il faut bien le dire, les prix et les salaires ont beaucoup augmenté en Chine, où nous avons deux usines (dont une activité de fonderie) dans le nord du pays.