En région lyonnaise, décrocher un terrain pour s’implanter tient parfois de la course de fond. Rareté du foncier disponible, prix en hausse, concurrence entre usages résidentiels et économiques, exigences environnementales accrues : les dirigeants d'entreprise évoquent un "mur foncier" qui freine projets d’extension et nouvelles implantations.
Dans ce contexte tendu, la Métropole de Lyon a décidé d’activer tous les leviers à sa disposition. Lors de sa dernière commission permanente, elle a voté la cession d’un peu plus de 115 000 m² de foncier économique, répartis sur plusieurs communes stratégiques (Feyzin, Chassieu, Corbas, Vaulx-en-Velin et Lyon 8ᵉ). Objectif : maintenir l’activité productive sur le territoire et soutenir la réindustrialisation, tout en respectant la trajectoire de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Suite à des appels à manifestation d’intérêt, plusieurs projets structurants vont ainsi pouvoir être engagés.
Concilier activité économique et environnement
Premier exemple à Chassieu où le groupe de distribution de produits alimentaires pour les métiers de bouche France Frais, via sa filiale MLC, cherchait à relocaliser son activité aujourd’hui implantée à Feyzin et à regrouper ses équipes sur un site unique, avec le transfert du siège de la maison mère. Après identification de deux parcelles adaptées, la Métropole a autorisé le dépôt des permis et accompagné la conception du projet, notamment sur le plan environnemental. Environ 80 000 m² doivent permettre la création d’une base logistique agroalimentaire moderne, conçue pour rationaliser les flux et consolider l’ancrage local du groupe.
À Vaulx-en-Velin, c’est l’industriel du recyclage et de la valorisation Suez qui bénéficie d’un appui foncier. Dans le cadre de son projet Cap Valo 69, l’entreprise souhaitait moderniser et développer son outil industriel. La collectivité lui cède neuf parcelles voisines, soit 18 000 m² supplémentaires. En parallèle, le foncier libéré sera remobilisé pour accueillir de nouvelles activités, illustrant une logique de recyclage urbain plutôt que d’extension sur des terres vierges.
Distribution, recyclage et industrie
Même logique à Corbas avec Tecofi (70 M€ de CA en 2025 ; 250 salariés). Le spécialiste de la robinetterie industrielle prévoit la construction d’un ensemble de 16 000 m² dans la zone du Carreau afin de rapatrier une production aujourd’hui dispersée à l’international. À la clé : une cinquantaine d’emplois d’ici 2030.
Au-delà des mètres carrés cédés, c’est une méthode qui se dessine : appels à manifestation d’intérêt, anticipation des besoins des filières prioritaires, remise sur le marché de friches ou de parcelles sous-optimisées. Une stratégie offensive pour desserrer l’étau foncier et envoyer un signal clair aux acteurs économiques : en région lyonnaise, l’industrie a encore sa place, à condition de la bâtir sur du foncier intelligemment libéré.