« Le conseil d'administration a donné mandat au président d'Erai, Daniel Gouffé, afin qu'il se rapproche du président du Tribunal de grande instance pour préparer la déclaration de cessation de paiement. C'est une très bonne chose car cela va désormais permettre de travailler à la suite des événements », explique le directeur général d'Erai (Entreprise Rhône-Alpes International), Laurent Van Soen.
Une consigne que Daniel Gouffé n'était pourtant pas obligé d'attendre pour saisir le TGI mais qu'il est désormais contraint de suivre, dans les 45 jours, puisque les administrateurs (qui s'étaient concertés au préalable sur cette question, selon les informations fournies par plusieurs d'entre eux) ont voté à la quasi unanimité cette demande. Seule la conseillère régionale EELV, Fatiha Benahmed, s'est abstenue, arguant qu'elle ne participerait à aucun vote non prévu à l'ordre du jour, faute d'avoir pu en délibérer au préalable avec son groupe politique. « Depuis 2010, c'est la même chose, on prend des décisions au détour d'une conversation, sans que cela soit annoncé dans l'ordre du jour. Je représente la Région et mon groupe, il me faut un minimum de concertation ».
Fatiha Benahmed était d'ailleurs la seule élue régionale à ce conseil d'administration puisque Jean-Louis Gagnaire, Bernard Soulage, André Friedenberg et Sylvie Gillet de Thorey avaient démissionné la semaine dernière. Ils restent néanmoins membres de droit jusqu'au 1er janvier 2016 et peuvent donc revenir participer aux conseils d'administration dès qu'ils le souhaitent.
Cessation de paiement
A l'occasion de ce CA du 23 mars, Daniel Gouffé était accompagné d'un représentant du cabinet PwC Lyon, Alain Istamboulian. Ce dernier a exposé aux administrateurs la suite judiciaire. Au vu du calendrier du TGI, la déclaration de cessation de paiement devrait intervenir le 7 ou le 21 avril. L'expert de PwC a pu expliquer les avantages et inconvénients des deux dates. La première pourrait éventuellement permettre de faire régler les salaires de mars par les AGS, la seconde laisserait plus de temps pour construire des solutions de reprise solide.
Et maintenant ?
Depuis le 6 mars, le monde patronal cogite et discute. Avec d'un côté le Medef et la CCIR, en proximité immédiate avec la Région. De l'autre, la CGPME et son emblématique patron François Turcas, qui, justement, est désormais en charge de la commission internationale de son syndicat au niveau national... A côté d'eux, l'OSCI (fédération des opérateurs privés spécialistes du commerce extérieur).18 de ses adhérents auraient fait savoir qu'ils étaient intéressés par un ou plusieurs bureaux d'Erai. Daniel Gouffé, aurait, a-t-il assuré lors de ce CA, été contacté par trois sociétés proposant d'apporter leur soutien financier.
Si les discussions et négociations vont bon train, aucune solution ne sera probablement exposée au grand jour tant que la procédure de redressement judiciaire ne sera pas ouverte.
EELV pourrait revenir dans la discussion
De son côté, la Région affirme être ouverte à toutes les propositions. « De toute façon, Erai a une dette de 3,2 millions d'euros envers la Région. Quelle que soit la solution qui va émerger, nous devrons forcément être consultés », affirme Jean-Louis Gagnaire, vice-président en charge de l'économie. Parmi les options qui pourraient se présenter, dès cette semaine, se trouve le sauvetage pur et simple de l'organisation par la Région. La porte pourrait en effet s'ouvrir très vite par un retour à la négociation du groupe EELV. Groupe qui s'était opposé, le 6 mars dernier, au vote de la subvention de fonctionnement d'Erai.
« Je ne désespère pas de trouver une solution. Je vais renouer le dialogue. Si nous obtenons effectivement, très rapidement, les comptes de 2014, si la gouvernance est changée et si les missions d'Erai sont réévaluées et recentrées, je pense que mon groupe sera prêt à sauver Erai nouvelle formule. Nous ne demanderons pas la création d'une nouvelle structure », confie Fatiha Benahmed, représentante du groupe EELV au Conseil d'administration d'Erai.
Déclaration pour le moins inattendue faite au Journal des Entreprises et que n'espérait plus Jean-Louis Gagnaire. « Je n'ai pas été contacté officiellement mais si les conseillers régionaux EELV revenaient effectivement à la raison, ce serait une excellent nouvelle. Mais avant de relancer la machine, je demanderai un engagement écrit à chacun des conseillers. En revanche, il faut savoir que le renouvellement de la gouvernance ne pourra passer que par la fusion avec l'Ardi car dans l'état actuel des choses, aucun candidat ne se présentera à la succession de Daniel Gouffé ! »