La société Ephyra (5 salariés - CA : non communiqué), basée à La Ciotat dans les Bouches-du-Rhône et qui se veut pionnière dans la transition vers une navigation écoresponsable, vient d’inaugurer la toute première station d’avitaillement en hydrogène implantée dans un port de plaisance, à l’Anse de la Réserve, à l’entrée du Vieux-Port, à Marseille. Une infrastructure appartenant à la Métropole et dont la CCI Aix-Marseille Provence assure la gestion. Cette réalisation, opérationnelle depuis début juillet, associe un bateau à propulsion électro-hydrogène, conçu et réalisé par le chantier naval ciotaden Hynova, à une station d’avitaillement en hydrogène.
Un projet pour fabriquer de l'hydrogène sur place
À l’heure actuelle, la station est alimentée par de l’hydrogène livré sur place. D’ici à 2025, l’entreprise devrait recevoir un système d’électrolyse qui lui permettra de fabriquer l’hydrogène sur place, réduisant ainsi au maximum son empreinte carbone. Les deux entreprises sœurs Ephyra et Hynova sont portées par Chloé Zaied, leur fondatrice, qui rappelle le long parcours qui a conduit à l’installation de cette station d’avitaillement. " Il a fallu cinq années de travail acharné pour y parvenir. Il y a à peine quelques années, durant les Nauticales, le Salon Nautique de La Ciotat, quand on parlait de bateau et d’hydrogène tout le monde prenait peur et s’inquiétait de risques d’explosion, rappelle-t-elle. Or, aujourd’hui, nous avons prouvé la faisabilité et la sécurité du dispositif."
Une solution testée durant les Jeux Olympiques de Paris 2024
La démonstration grandeur nature du concept d’Ephyra s’est notamment déroulée courant juillet durant les Jeux Olympiques de Paris 2024. La société a en effet été sélectionnée par le Comité International Olympique pour assurer le transport des délégations officielles lors des épreuves de voile à Marseille. Durant 13 jours d’exploitation, le bateau à hydrogène d’Ephyra a ainsi effectué 75 sorties en mer, transportant plus de 350 personnalités, démontrant l’efficacité de sa technologie : navigation silencieuse, sans émission de CO2, sans odeur et sans vibrations. La station d’avitaillement en hydrogène, également déployée pour l’événement, a alimenté le bateau sur place. Au final, l'utilisation du bateau et son pilotage quotidien en situation réelle d'opérations ont amené à des constations positives. " Nous avons notamment divisé par tois nos prévisions de consommation d'hydrogène", confie, enthousiaste, la dirigeante. Cette expérience olympique, permet désormais à la société de franchir un cap dans son développement et dans la consolidation de son modèle commercial.
Déploiement dans d’autres ports, puis en franchise
Après le succès de son implantation à Marseille, Ephyra poursuit sa stratégie de déploiement dans d’autres ports. Saint-Tropez sera la prochaine étape avec un projet de production et distribution d’hydrogène dédié à la mobilité maritime. La société, associée à Hynamics (groupe EDF), a en effet été lauréate en début d’année de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez. L’entreprise envisage également d’étendre son modèle dans d’autres ports de plaisance renommés, notamment Monaco ou d’autres ports sur le lac Léman, en Suisse. " L’idée est de faire la démonstration de la viabilité du projet, ici en région, et ensuite développer le concept en franchise. Hynova serait alors le chantier naval qui pourrait fournir les bateaux pour l’Europe ".
Hynova est en cours de réalisation d’un nouveau bateau qui devrait, à partir de la saison 2025, remplacer celui qui est en service à Marseille. Ce nouveau navire devrait allier autonomie, design et performance environnementale.
Décarboner l’activité maritime
La dirigeante n’a pas souhaité révéler le montant de l’investissement nécessaire à l’implantation de la station à hydrogène à l’Anse de la Réserve. Toutefois, la Métropole Aix-Marseille-Provence a accordé une subvention de 100 000 euros pour soutenir ce projet innovant, et Bpifrance a apporté près de 500 000 euros au travers d’un prêt. La Région Sud a également apporté sa contribution. " Cette première mondiale de la station à hydrogène dans un port de plaisance est une avancée non seulement pour l’entreprise, mais pour toute la filière maritime. Elle ouvre la voie à de nouvelles formes de navigation plus durables et respectueuses de l’environnement, marquant ainsi une étape décisive dans la décarbonation des activités maritimes ", conclut Chloé Zaied.