Le géant allemand du béton et du ciment bichonne sa cimenterie des Deux-Sèvres, à Airvault, l’un de ses quatre principaux sites de production en France. Après y avoir engagé en 2022 un programme de plus de 350 millions d’euros pour la moderniser et la verdir en la dotant d’un nouvel outil de production, le groupe allemand prévoit une rallonge de plusieurs centaines de millions d’euros. Ils serviront à capter la totalité de ses émissions de carbone d’ici 2030. Baptisée Airvault GOCO2, l’opération passera notamment par la création d’une unité de récupération de CO2.
La cimenterie vieille de 100 ans, qui emploie 138 personnes, avait été classée 12e site industriel le plus émetteur de gaz à effet de serre en France. "Le CO2, une fois capté, sera transporté sous forme gazeuse jusqu’à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique). GRTgaz supportera la réalisation des infrastructures de transport tandis qu’Elengy (GDF Suez Engie) prendra en charge le CO2", détaille Jean-François Bricaud, directeur décarbonation et développement industriels des activités ciment du groupe.
Stockage en mer du Nord ou matière première pour du biocarburant
La majeure partie sera acheminée en navire en mer du Nord pour y être stockée, tandis que le CO2 issu de la biomasse sera destiné à entrer dans la composition d’e-SAF (carburant d'aviation electro-durable) ou d’e-méthanol notamment pour le projet Green Coast de la PME lyonnaise Elyse Energy. Le groupe duplique ainsi un système déjà lancé par ailleurs. “Heidelberg Materials est le premier groupe cimentier au monde à s’être doté d’une installation de captage de CO2 sur son site de Brevik en Norvège et dès 2025, le CO2 de cette usine sera injecté sur une zone de stockage offshore en mer du Nord”, affirme Ludovic Péro, directeur des affaires publiques et de la communication.
Un chantier colossal de modernisation attendu fin 2025
Le site d’Airvault achève déjà sa première phase de modernisation. Une nouvelle ligne de production de clinker et de ciment remplacera les deux lignes existantes. “La nouvelle usine intégrera ce qui se fait mieux en Europe au niveau technologique ce qui nous permettra de travailler sur les premiers leviers de la décarbonation qui sont l’efficacité énergétique et le recours à la biomasse dans le mix énergétique. En 2025, l’utilisation de charbon coke disparaîtra complètement et 90 % de l’apport énergétique sera apporté par des combustibles alternatifs de type CSR (Combustibles solides de récupération). Nous réduirons d’un tiers nos émissions de carbone et nous pourrons alors nous tourner vers les deux tiers restants", explique Jean-François Bricaud.
Opérationnelle au second semestre 2025, la nouvelle cimenterie disposera d’une capacité de production similaire à l’ancienne, soit plus de 1,5 million de tonnes de ciments par an.
600 millions d’euros d’investissements en France
En France, Heidelberg Materials (55 000 salariés, présent dans plus d’une cinquantaine de pays, 3 000 sites de production) a engagé plus de 600 millions d’euros pour moderniser et réduire l’empreinte carbone de ses quatre principaux sites de production à Airvault, Bussac-en-Forêt (Charente-Maritime) où il a investi 65 millions d’euros, Courvot (Marne) et Beaucaire (Gard). Depuis trois ans, il développe également un certain nombre de nouveaux ciments, dits ciments bas carbone.
GoCO2 en parallèle
L’industriel est par ailleurs intégré au projet GoCO2 lancé en juillet 2023 et soutenu par la région des Pays de la Loire et le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire qui réunit GRTgaz, Total Energies, Elengy, Lafarge et Lhoist. Ce programme d’investissement de 1,7 milliard d’euros sur sept ans est mené pour capter et transporter le CO2 des industriels des Pays de la Loire et du Grand Ouest.