C’est officiel. L’entreprise de travaux publics Spiess (15,7 M€ de CA ; une centaine de collaborateurs), basée à Benfeld dans le Bas-Rhin, intègre la deuxième promotion de la CEC, la Convention des Entreprises pour le Climat. Cinq autres entreprises du Grand Est (Terrasolis, Adie, Kepos, Noremat, Onepoint) rejoignent la fournée de ce début d’année. À terme, plusieurs dizaines d’entreprises devraient intégrer le parcours afin d’impulser une dynamique territoriale.
"L’objectif est de réfléchir de manière collaborative à notre modèle d’affaires"
Pour Madeline Spiess qui dirige aujourd’hui l’entreprise, ce jalon constitue une forme de reconnaissance du travail accompli jusqu’ici mais projette surtout l’entreprise dans une réflexion globale et locale sur son empreinte carbone. "L’objectif est de réfléchir de manière collaborative à notre modèle d’affaire de manière qu’il soit régénératif pour l’environnement", estime Madeline Spiess.
200 000 tonnes de déblais terreux recyclés en 2025
Il faut dire que Spiess connaît son sujet. En 2024, l’entreprise a mis en œuvre une station de lavage des déblais terreux de chantier sur le territoire de l’Eurométropole, deux ans après avoir repris la gravière Oesch pour laquelle l’autorisation d’exploitation s’achèvera en 2027. Elle a investi 8 millions d’euros dans son outil, soutenu par la Région Grand Est et l’Ademe à hauteur d’un million d’euros. L’objectif poursuivi était double pour l’entreprise de travaux publics : s’implanter sur le territoire de l’Eurométropole et se diversifier dans la fourniture de granulats naturels et d’écogranulats.
"En reprenant la sablière Oesch, nous voulions trouver un emplacement stratégique qui nous ouvrirait de nouveaux marchés dans l’Eurométropole et limiterait le flux de nos poids lourds en nous rapprochant de Strasbourg. En étant plus proches des chantiers, nous évitons le transport à vide jusqu’à Benfeld. Nous souhaitions également nous diversifier en proposant des granulats naturels, ainsi que des écogranulats issus de déblais de chantier lavés et recyclés. En Alsace, toutes les sociétés de travaux publics ont ce souci des déblais, il n’y a pas d’exutoire", explique Madeline Spiess.
Pas d'"exutoire" pour les déchets inertes
Car les besoins sont énormes. Selon le bilan de l’Observatoire régional de la prévention et de la gestion des déchets et de l’économie circulaire, le tonnage total des déchets inertes générés par les entreprises de travaux publics en 2018 était estimé à 13,6 millions de tonnes dans le Grand Est, dont 72 % de terre et matériaux meubles non pollués. Dans un contexte d’épuisement des ressources, dont le sable, le recyclage des déblais prend tout son sens.
Béton bas-carbone
En 2025, Spiess espère traiter sur son site de Lingolsheim 200 000 tonnes de déblais terreux, 100 000 tonnes ont déjà été recyclées depuis sa mise en service courant 2024 (80 % des déblais entrants ont été recyclés). L’entreprise entend décrocher en 2025 la certification ISO 14 001, afférente au management environnemental. Elle souhaite également obtenir la norme CE 2 + relative à la mise en place d’un audit externe de ses pratiques en matière notamment d’analyses physico-chimiques des entrants.
Des panneaux flottants sur la gravière
Spiess entend d’ailleurs pousser sa démarche jusqu’au bout de sa logique. "Quand la gravière ne sera plus exploitable, dans trois ans, nous envisageons de la couvrir de panneaux photovoltaïques flottants afin d’alimenter notre exploitation", partage Madeline Spiess.