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Lorban TP fait du recyclage des déchets du BTP un levier de croissance
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Lorban TP fait du recyclage des déchets du BTP un levier de croissance

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Spécialiste des travaux publics, l’entreprise familiale nordiste Lorban TP a fait de la valorisation des déchets du BTP un axe stratégique de développement. Renforcée par de nouveaux projets d’investissement, cette activité pourrait devenir un levier d’expansion territoriale, au moment où se prépare la transmission à la troisième génération.

Philippe Lorban représente la deuxième génération de dirigeants à la tête de l’entreprise familiale de travaux publics — Photo : Jonathan Blanchet

Acteur majeur des travaux publics dans le Maubeugeois, où son logo jaune sur fond rouge ne passe pas inaperçu, Lorban TP (près de 50 M€ de CA, 400 salariés) est plus discret dans le reste de la région. Pourtant, il y a un domaine où la notoriété de l’entreprise familiale dépasse les frontières des Hauts-de-France : la valorisation des déchets issus du BTP. Un virage amorcé dès les années quatre-vingt-dix, par la deuxième génération à la tête de l’entreprise. Cette activité passera d’ici quelques années dans le giron de la troisième génération de dirigeants. En attendant, elle fait l’objet de nouveaux investissements et pourrait bien appuyer l’expansion géographique de la PME.

Montée en puissance sur le recyclage

Lorban TP s’est doté dès 1994 d’un centre de tri et de valorisation de ses déchets et de ceux d’entreprises proches, en vue de réemployer une partie des matières dans des remblais. En 2021, l’ETI est allée plus loin en investissant 5,2 millions d’euros dans une unité unique en France, capable de récupérer le sable contenu dans ces déchets. L’objectif étant d’en réduire l’achat, puisque le sable constitue la matière première numéro un du secteur de la construction. Ce procédé de recyclage, qui permet de valoriser 80 % de la matière passant par le centre de tri, va être perfectionné dans les mois à venir.

Lorban TP monte en puissance sur le recyclage des déchets issus de la déconstruction — Photo : Lorban TP

L’ETI nordiste planche sur un nouveau mode opératoire, afin d’obtenir un sable suffisamment propre pour fabriquer du béton ou des gravats bas-carbone, pour son propre compte ou celui d’autres entreprises. Le PDG Philippe Lorban est entré en concertation auprès d’une quinzaine de fournisseurs en Europe pour monter cet équipement complémentaire, sur son site historique de La Longueville, dans le Nord. Le dirigeant espère mettre au point un process industriel d’ici la fin de l’année, pour un investissement qu’il estime au moins équivalent au précédent. Si les planètes s’alignent, il vise une installation d’ici un an et demi.

Un soutien à l’expansion territoriale

Grâce aux investissements menés en 2021, Lorban TP affirme être devenu quasiment autonome en matières premières. "Il y a encore trois ans, nous en achetions 250 000 tonnes en carrière. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 10 000 ou 15 000 tonnes", précise Philippe Lorban. Sans attendre son nouvel équipement, le président estime être en capacité industrielle de traiter jusqu’à 400 000 tonnes de déchets du BTP à l’année. Mais faute de gisement suffisant, l’activité plafonne à 300 000 tonnes.

Lorban TP veut valoriser 80% des déchets du BTP entrant sur son site — Photo : Lorban TP

La solution serait de dupliquer le centre de tri "made in Lorban" ailleurs sur le territoire, pour traiter les déchets d’entreprises installées aux alentours. "C’est dans nos plans", confirme Philippe Lorban. Le PDG évoque une recherche de foncier "de minimum trois hectares", à proximité d’une voie d’eau, comme de grandes métropoles à l’image de Cambrai, Arras, Béthune ou Lille.

Si le recyclage reste ultra-minoritaire dans le chiffre d’affaires de l’entreprise (8 %), il pourrait bien appuyer son développement futur. "Créer une nouvelle plateforme de tri et de valorisation des déchets du BTP nous permettrait de déployer nos activités de travaux publics ailleurs en région. Le recyclage deviendrait une porte d’entrée", ambitionne le dirigeant.

Une vague de diversifications

Cette activité de recyclage constitue presque une révolution pour l’entreprise de travaux publics fondée par Robert Lorban en 1972. Elle a été portée par Philippe Lorban, qui travaillait pour son père depuis ses dix-sept ans, avant de faire officiellement son entrée dans la société en 1976 comme chef de chantier. Puis d’en prendre les rênes en 2001, tout en se penchant sérieusement sur la question du recyclage. "J’ai commencé à imaginer comment valoriser nos déblais dès 1994, mais, pour passer à la vitesse supérieure, il nous fallait du terrain", précise-t-il.

Le site de Lorban TP, situé depuis sa création à La Longueville (Nord), lors de l'expansion réalisée en 2018. — Photo : N.A.I - didier carette

C’est ainsi que le développement foncier de l’entreprise familiale sur la zone maubeugeoise connaît un coup d’accélérateur, jusqu’à étendre ses activités sur trente-cinq hectares (réserve foncière comprise). En 2006, la société prend une autre décision forte, qui va encore accroître son autonomie : elle se dote d’une filiale pour produire ses propres enrobés. Ce sera l’amorce d’un développement dans d’autres activités : l’immobilier, l’aménagement paysager ou la réhabilitation de logements, via la filiale Sambre Bat, dirigée par son fils Guillaume qui a rejoint l’entreprise en 2009.

Une transmission sur les rails

"Le temps passant, on est amené à réfléchir à la transmission", sourit Philippe Lorban, qui a procédé à une recapitalisation de l’entreprise en 2020, faisant de la place à ses trois enfants. Avec Guillaume à la tête de Sambre Bat, ses deux filles, Marine et Léa ont rejoint la société, il y a quinze et trois ans. Son épouse Dominique est également présente, comme son père Robert, qui n’a jamais vraiment arrêté.

Âgé de 63 ans, Philippe Lorban envisage de passer le relais d’ici sept ans. "En cinquante ans, la croissance aura été continue", souligne celui qui est récemment devenu le nouveau visage du Medef Hauts-de-France. Une fonction qui lui permet de "prendre un peu de hauteur", et aussi, sans doute, de regarder comment son entreprise pourrait s’adapter ailleurs. "Ce sera aux générations futures de s’emparer du sujet".

Nord # Travaux publics # Gestion des déchets et recyclage # RSE # Investissement industriel # ETI # Transmission