Ain
"En dépit de l'incendie, nous avons réussi à maintenir une continuité de l'activité "
Ain # Commerce # Gestion

"En dépit de l'incendie, nous avons réussi à maintenir une continuité de l'activité "

S'abonner

Quand un feu a détruit sa cuisine centrale, Frédéric Giroud n’a pas cédé à la panique. Le patron de Bourg Traiteur a trouvé, en deux jours, une solution pour sous-traiter la fabrication de 5 000 repas et préserver ses équipes, avant de se lancer dans un marathon administratif avec l’assureur.

l'équipe de production de Bourg Traiteur — Photo : DR

Dimanche 2 février 2025 : en plein centre-ville de Bourg-en Bresse la toiture d’un bâtiment de Bourg Traiteur prend feu, et enflamme les toitures mitoyennes d’une salle communale et d’un commerce. Selon les experts mandatés par son assureur Groupama, le feu a été déclenché par un problème électrique. Vétusté ? Les installations ont plus de 30 ans puisque l’entreprise (5 M€ de CA en 2024 ; 32 salariés) reprise en décembre 2022 par Frédéric Giroud, a été créée en 1990 et n'ont pas été rénovées depuis.

Bourg Traiteur réalise les deux tiers de son chiffre d’affaires dans la restauration collective, cuisinant entre 4 500 et 5 000 repas par jour pour des écoles, des entreprises et des plateaux portés à domicile aux personnes âgées. Le reste de son activité est celle d’un traiteur traditionnel en BtoB (collectivités, professionnels).

Dès le lendemain du sinistre, Frédéric Giroud se fixe comme "priorité de trouver des solutions pour mes clients et de préserver mes salariés".

Sous-traiter pour garder ses clients

Mais alors comment poursuivre la livraison des repas à ses clients écoles et entreprises alors que sa cuisine, un espace de 120 m2, est hors d’état d’usage ?

Le dirigeant se met en quête d’un confrère disposant de la capacité de prendre le relais et contacte RPC, un autre spécialiste aindinois de la restauration pour les collectivités basé près de Mâcon, qui prépare 35 000 repas par jour.

Le lendemain, le traiteur mâconnais le rappelle. "Il était d’accord et dès le jeudi, nous avons pu livrer nos clients", raconte-t-il. Dans l’intervalle, les écoles utilisent les repas de secours, sollicitent les parents pour des pique-nique, etc. La continuité de service est assurée. "Comme je voulais garder le contrôle de la relation commerciale, j’ai continué à livrer et facturer moi-même", ajoute-t-il.

Quant aux salariés de la production de Bourg Traiteur, ils reprennent progressivement l’activité traiteur, à un tiers de temps de mars à juin puis à partir de juin, aux deux tiers. "Ils ont aussi pris des vacances et des récupérations. Au final, les pertes de salaires ont été minimales". Et l’activité est repartie à plein régime fin août, pour la rentrée.

Les lenteurs de l’indemnisation

Dès le surlendemain de l’incendie, des experts se rendent sur le lieu du sinistre.

Il y a ceux mandatés par son assureur Groupama, et aussi une visite de la police scientifique sur requête du Procureur de la république "pour écarter toute piste d'incendie volontaire". Mais, pour Frédéric Giroud, dans les semaines qui suivent, la frustration grandit : "je n’ai pas eu accès au rapport d’expertise et je ne savais pas quel serait le montant de l’indemnisation, ni quand elle interviendrait".

Le dirigeant devra attendre 2 petits mois pour percevoir les premiers acomptes fin mars. "Mon assureur ne s’est pas engagé sur un montant global, j’ai reçu plusieurs versements au titre des dommages directs — matériel et bâtiment — mais j’attends encore des indemnités notamment pour la perte d’exploitation".

Évaluer la perte d’exploitation avec l’assureur

Frédéric Giroud a réinvesti environ 350 000 euros de matériel et a estimé avec son expert-comptable sa perte d’exploitation à 1,2 million d’euros. Or les acomptes versés s’élèvent à 550 000 euros pour la perte d’exploitation et 470 000 euros pour le bâtiment, le matériel (fours, matériel de cuisine, etc.).

"Nous allons entrer en discussion avec Groupama pour la perte d’exploitation dans laquelle je voudrais inclure le coût de la sous-traitance", déclare Frédéric Giroud, qui n’exclut pas "de potentiels problèmes de trésorerie en fin d’année".

Une chose est sûre, son chiffre d'affaires 2025 sera inférieur à celui de l’année précédente.

Quand Frédéric Giroud a repris l’entreprise le 1er décembre 2022, il a repris en même temps le contrat d’assurance du précédent propriétaire. Montant de la prime en 2024 : 10 000 euros. "Si je devais reconsidérer la question de l’assurance, je serais beaucoup plus attentif à l’état des bâtiments lors de la reprise et à être bien couvert pour les risques spécifiques de mon activité", réfléchit-il à voix haute.

Des garanties bien adaptées à ses risques

Après le sinistre, le traiteur aindinois a dû jeter pour 80 000 euros de matières premières issues des réfrigérateurs alors que son contrat le garantissait jusqu’à hauteur de 46 000 euros.

De la même façon le chiffre d'affaires pour lequel l’entreprise était assurée était de 3,4 millions d’euros (son CA de 2012). Ce qui l’expose à une indemnisation proportionnelle en perte d’exploitation, compte tenu du fait que son chiffre d’affaires actuel est plus élevé. "Il faut bien penser à actualiser son chiffre d’affaires auprès de son assureur", suggère-t-il.

Enfin, la sous-traitance à RPC a eu un coût élevé pour Bourg Traiteur qui achetait les repas au prix auquel il les vendait à ses clients. La garantie perte d’exploitation le prendra-t-elle en compte ? C’est en discussion avec l’assureur…

"C’est vrai, je n’ai eu aucun gain mais j’ai gardé mes clients", conclut-il… à quelques-uns près. 10 à 15 % d’entre eux auraient été séduits par l’offre de son confrère dont les coordonnées figuraient sur les emballages des repas.

Ain # Commerce # Services aux entreprises # Agroalimentaire # Gestion