Dans l’Hyper U de La Chapelle-sur-Erdre, va peut-être émerger un changement durable des habitudes de consommation. Depuis quelques semaines, l’utilisation de barquettes consignées est testée au rayon traiteur de l’hypermarché nantais. L’objectif est d’éprouver toute la chaîne, de la production des contenants au lavage, afin de remplacer à terme les barquettes alimentaires jetables dans tout type de magasins. Selon la société Uzaje, leader de ce cas d’étude, ce sont environ 20 000 barquettes jetables qui sont vendues par semaine au rayon traiteur frais par l’hypermarché nantais.
Cette expérimentation, la seule menée en France à ce niveau, durera six mois. Elle relève du projet européen Buddie-Pack qui implique plusieurs entreprises françaises. En fonction des résultats, les contenants testés pourraient être lancés dans le commerce.
Des bornes de recyclage
A priori, rien de nouveau : les plats sont mis en rayon dans des barquettes plastiques hermétiques. Mais une fois le produit consommé, le client ramène sa barquette en magasin la fois suivante, dans un service de réception des contenants sales. Un bon d’achat d’un euro lui est alors délivré, qui représente la valeur de l’objet consigné. Le consommateur peut de nouveau aller se servir en rayon, sans coût supplémentaire sur son nouvel achat.
Les plats contenants sont lavés par une entreprise spécialisée, en l’occurrence la société parisienne Uzaje. Une analyse bactériologique garantit la sécurité alimentaire avant que la barquette nettoyée ne soit retournée au magasin. La borne de dépôt des contenants sales est installée par la société parisienne NoWW, spécialisée dans le réemploi.
Les entreprises Europlastiques et Guelt dans l’Ouest
Les contenants réemployables destinés aux produits alimentaires sont fabriqués en Tritan, PBT ou encore PET, copolymère ou polyesters recyclables. Leur recours se fait en fonction des aliments. "Certains aliments tachent le plastique. Il peut aussi y avoir un transfert de matières plastiques dans les aliments en fonction des produits. Les microplastiques sont également étudiés pour leur impact sur le train logistique : certaines matières ne nécessitent pas les mêmes délais de lavage, d’autres ne vont pas au micro-ondes, etc." explique Gemma Cornuau, au titre de l’Association de coordination technique pour l’industrie agroalimentaire. L’Actia est l’un des partenaires du projet Buddie-Pack pour la R & D, via deux de ses entités : le Centre technique pour la conservation des produits alimentaires (CTCPA) et le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE).
Les travaux menés ont permis de concevoir des designs et des moules avant l’expérimentation. Dans le cas d'étude de Nantes, les contenants en Tritan ont été fabriqués en injection plastique par le groupe Europlastiques (Laval, 26 M€ de CA). Le scellage a été pensé par le constructeur de machines destinées notamment à l’agroalimentaire, Guelt (Finistère, 350 salariés, 36 M€ de CA). L’Hyper U nantais étant déjà équipé de machines du fabricant breton.
103 000 tonnes de plastiques vierges évités
D’après un rapport sur les déchets ménagers de l’Ademe de 2022, le rayon produit frais traiteur génère à lui seul environ 95 000 tonnes de déchets d’emballages chaque année ; environ la moitié en plastique, l’autre moitié en papier carton. En unités, d’après les calculs d’Uzaje, cela représente 3,4 milliards d’emballages en plastique et 700 millions d’emballages en carton.
L'expérimentation menée dans l'hypermarché nantais ne répond donc qu'en partie au projet Buddie-Pack. Ce projet européen "devrait notamment permettre d'éviter chaque année la production de 103 000 tonnes et d'éviter le rejet de microplastiques dans les océans", annonçaient les partenaires lors de sa mise en œuvre en 2022.
Un projet dans six pays coordonné dans l’Ain
Le projet Buddie Pack est coordonné par l’Institut du Plastique et des Composites (IPC, dans l’Ain) auprès de 19 partenaires dans six pays : France, Royaume-Uni, Irlande, Allemagne, Pays Bas et Espagne. Lancé en septembre 2022 pour une durée de 3,5 ans, ce projet collectif est financé par l’Union Européenne à hauteur de 7 millions d’euros.
Un second cas d’études dans la restauration
Après la grande distribution à Nantes, puis dans au moins un autre supermarché en 2026, l’expérimentation s’étendra aux problématiques propres à la restauration collective. Ce deuxième cas d’études mené en France (sur six en Europe) sera engagé chez Elior. Le groupe parisien réalise 4,2 Md€ de CA (sur 6 Md€) dans la restauration collective et les services.
Évaluer la rentabilité économique et les réels gains environnementaux
L’application de la consigne, au-delà de l’implication des différents acteurs dans la chaîne de recyclage, dépend cependant de facteurs. Avant une mise en place dans un magasin ou restaurant, sont ainsi calculés son réel impact environnemental, en comptant le lavage et le transport des consignes sales puis propres, les coûts industriels et commerciaux, et la proximité d’un centre de lavage comme ceux d’Uzaje à proximité des points d’utilisation.
Knauf Industries, Eternity Systems et Triveo en appui
Afin de définir les solutions d’emballages plastiques répondant aux nouvelles réglementations sur le réemploi et à la nécessité de mettre en place des modèles économiques rentables, Knauf Industries Gestion (Haut-Rhin, filiale du groupe allemand Knauf) est également impliqué dans le projet. De même que l’entreprise Eternity Systems (Perpignan ; 1 500 collaborateurs et 19 centres de lavage dans le monde) maîtrisant l’ensemble de la chaîne du lavage, stockage et transport d’emballages réemployables à l’échelle industrielle. Quant à l’entreprise Triveo (Ain), elle analyse la gestion du recyclage des pièces cassées et jetées. Cette société est codétenue par trois entreprises spécialisées dans le recyclage plastique : Broplast, Indco et Ain Recyclage.