Sanofi, Freescale, Thales ou encore Air France. De grandes entreprises régionales font la une des journaux depuis quelques mois, plus pour leur actualité sociale que leurs performances économiques. Tandis que de nombreuses forces se mobilisent à leurs côtés pour «limiter la casse», des voix commencent à s'élever dans le monde des PME pour «élargir le champ de vision». «N'oublions pas que 98,6% des entreprises de Haute-Garonne comptent moins de 50 salariés et pèsent pour 67,2% de l'effectif salarié», rappelle Anouk Dequé, présidente de la CGPME 31 (interview ci-dessous). «Depuis 2008, 82 entreprises régionales de travaux publics ont mis la clé sous la porte. On n'en parle pas ou peu mais, au total, cela représente presque un millier d'emplois perdus», dénonce quant à lui Bruno Cavagné, président de la fédération régionale des travaux publics Midi-Pyrénées (témoignage ci-contre). D'autres vont plus loin, critiquant un commissariat au redressement productif centré sur les grands groupes. «C'est une idée fausse», répond Catherine d'Hervé, directrice régionale de la Direccte. Ce dispositif, qui prend la forme de micro-cellules de proximité, s'adresse, dit-elle, «à toutes les entreprises qui rencontrent des difficultés. Sur la centaine de dossiers que nous avons étudiés depuis le début du dispositif (avant l'été, ndlr), 90% concernaient des TPE-PME.Ça nous permet d'avoir une vision encore plus fine des entreprises de notre territoire et de leurs problématiques.» De fait, chez les petites comme chez les grandes entreprises, la situation s'avère bien différente d'un secteur à l'autre. «Notre territoire est assez manichéen, confirme Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse. D'un côté, des secteurs très dynamiques, qui ont même du mal à recruter; de l'autre, des filières qui souffrent.» Et pour cause, s'il faut bien sûr se méfier des généralités, nul ne conteste que l'aéronautique se porte mieux que le bâtiment et l'informatique que les travaux publics, même si, au sein d'une même filière, des entreprises peuvent faire part de réalités très différentes...
Une instabilité source d'attentisme
Toutefois, s'il est un point sur lequel les professionnels de l'emploi s'accordent, c'est bien le manque de visibilité des patrons de PME en cette rentrée. «Les DRH que je rencontrent sont plutôt positifs, même si leur visibilité est très réduite, relate Virginie Godin, responsable Sud-Ouest pour le site d'offres d'emploi RégionsJob. Ils n'ont pas stoppé leurs recrutements mais sont plus prudents et cherchent des profils bien précis.» «La recherche du "bon candidat" s'intensifie», confirme la directrice du cabinet RH Corinne Cabanes et Associés. «Comme il y a beaucoup plus de monde sur le marché du travail, les patrons sont plus exigeants», poursuit Corinne Cabanes, qui ne sent pas de baisse de son activité. Du côté des entreprises de travail temporaire, on note «un effondrement inquiétant de la durée des missions», d'après Jacques Lopez Y Laso, président du groupe Ermès Prestations, qui enregistre malgré tout une hausse de 5% de son activité au 30 juin dernier. Chez Adecco, même son de cloche: «Comme les entreprises ne connaissent pas leurs besoins, on ne connaît pas les nôtres. Malgré tout, on est loin des -20% d'activité que l'on a connu en 2009», rappelle Anne-Marie Roussel, directrice du secteur Midi-Pyrénées Nord. Sur ce manque de visibilité, les organisations patronales ne cachent pas leur agacement. «Il faut se mettre à la place des entreprises dont la feuille de route et les hypothèses sont remises en cause en cours d'année», insiste Philippe Robardey. Pour le président du Medef 31, l'instabilité fiscale, réglementaire, etc. est source d'attentisme chez les entreprises. «Les patrons se demandent ce que l'État leur réserve pour demain. Est-ce qu'ils ne vont pas à nouveau se faire assommer au niveau du crédit impôt recherche et autre taxe sur les enseignes? Alors, dans le doute, ils préfèrent ne rien faire...» Quelques mois de plus dans le flou risquent fort de transformer l'attentisme en immobilisme...
Hausse du chômage, plans sociaux dans de grandes entreprises: l'image d'une région au dynamisme jamais démenti s'est un peu ternie ces derniers mois. Dans les PME, la situation de l'emploi est en train de s'assombrir, comme nous le dévoile en avant-première la CGPME31.