Quatre ans après la crise sanitaire, le marché automobile français n’a toujours pas retrouvé les niveaux de vente d’avant Covid. En 2023, la progression du véhicule électrique pouvait laisser espérer un basculement vers cette nouvelle technologie. Mais les premiers mois de 2024 ont ressemblé à un vaste décrochage : à l’été, le recul des immatriculations était de plus de 24 %. Un coup de frein brutal, dont les effets se font sentir dans les entreprises de la filière dans le Grand Est.
Dumarey Powerglide, Ineos et Novares en grandes difficultés
Dumarey Powerglide, implanté à Strasbourg et en difficulté après l’arrêt des commandes du groupe ZF, son principal client, a déjà mis son avenir dans les mains de la Justice : près de 400 personnes ont ainsi manifesté, fin septembre à Strasbourg, pour défendre 300 emplois qui se trouveraient sur la sellette.
À Ostwald, près de Strasbourg, les inquiétudes, formalisées avant l’été, s’étaient intensifiées à la rentrée. L’échec de la négociation commerciale avec Ineos, le fabricant du Grenadier lui-même en difficulté à Hambach, aurait précipité le choix de la direction du groupe Novares (1,2 milliard d’euros de CA en 2022) de fermer son site basé en périphérie strasbourgeoise.
Inquiétudes pour Recaro et Walor
À Hambach, en Moselle, c'est l'insolvabilité de l'équipementier Recaro Automotive, fournisseur des sièges du 4x4 Grenadier du groupe britannique Ineos (CA : 59,5 Md€ ; 25 000 salariés), qui a entraîné l'arrêt de la production. Les 1 300 salariés ont été placés en chômage partiel, faute de solution pour mettre sur la route un véhicule complet.
Plus à l'Ouest, dans les Ardennes, c'est l'avenir de deux filiales du sous-traitant automobile lavallois Walor (CA : 203 M€ ; 1 300 salariés) qui suscite des inquiétudes. Ateliers des Janves à Bogny-sur-Meuse, longtemps présenté comme le leader européen des fabricants de bielles, est placé en procédure de sauvegarde. Et Ardennes Machining Industries, à Vouziers, a été mis en redressement judiciaire, après que l'entreprise s'est déclarée en cessation de paiements. Au total, 230 salariés sont concernés.
Une "Task Force" pour sauver ce qui peut l'être
L’accumulation de mauvaises nouvelles a contraint les pouvoirs publics à se saisir du sujet : une "Task Force", impliquant La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, la Région Grand Est et l’État vient de se mettre en place pour préserver l’outil de production et accompagner les salariés dans cette phase difficile.