Chaque jour, un flot ininterrompu de clients se déverse depuis le Polygone Montpellier, alimentant un parcours marchand qui s’étend loin au-delà de la Place de la Comédie. Depuis son inauguration en mars 1975, le centre commercial fait fonction de locomotive, à plus d’un titre, pour le centre-ville de la métropole héraultaise.
Accompagner l’envol de Montpellier
Son fondateur Henri Chambon avait débuté sa carrière dans la promotion immobilière en créant la Socri (Société Centrale de Réalisation Immobilière) en Auvergne, en 1969, avant qu’une opportunité ne l’amène à Montpellier, alors en pleine expansion. La Ville venait de bâtir un parking sur un ex-terrain militaire, premier levier de croissance pour le Polygone, que le promoteur construit sur 2 niveaux (surface : 34 000 m2), avec d’autres copropriétaires (Galeries Lafayette, C & A, Monoprix). "Henri Chambon s’est inspiré des tendances fortes aux États-Unis en venant créer un centre commercial en plein cœur de ville, assez unique en France pour l’époque. Il a pu non seulement regrouper des commerçants au même endroit, mais aussi convaincre une grande enseigne comme les Galeries Lafayette de se déplacer depuis la Comédie", rappelle Célia Chambon, fille du fondateur et présidente du groupe familial, devenu Elancia (400 salariés, CA 2023 : 66 M€) en 2021.
Un site au cœur de la cité
La Socri va ensuite dupliquer le Polygone, devenu une marque, en construisant d’autres centres analogues dans le Grand Sud : à Nice en 1982, à Béziers en 2010 et à Cagnes-sur-Mer en 2015. De con côté, le Polygone Montpellier gagne un troisième étage et passe à 42 000 m2 en 1996, puis se coiffe d’une verrière de 145 m de long en 2021. Véritable prouesse d’ingénierie, celle-ci symbolise l’ouverture du centre commercial, à la croisée de nombreux flux (ouverture vers la Comédie d’un côté et vers le grand quartier Antigone de l’autre, connexion au réseau de tramway et à la gare Saint-Roch). En 2024, il a ainsi accueilli quelque 14 millions de clients (à comparer aux 9 millions des Terrasses du Port à Marseille). "Le Polygone fête ses 50 ans en 2025. Tous les Montpelliérains ont une histoire avec ce centre commercial, qu’ils ont connu entre amis, en couple puis avec leurs enfants", souligne Célia Chambon, annonçant une année rythmée par les animations commémoratives.
Une vision pour l’hôtellerie de luxe
Parallèlement à l’immobilier commercial, le groupe familial a aussi développé une branche dans l’hôtellerie de luxe (4 et 5*). Cette entité baptisée SFH démarre avec la construction par Henri Chambon, en 1988, de la Villa Maillot (4*) à Paris, "où il souhaitait avoir une implantation". Puis en 1991, elle ouvre l’hôtel Pullman Montpellier (4*), qui jouxte le Polygone. "Mon père a fait un pari fou, contre l’avis des techniciens de l’époque : équiper cet hôtel d’une piscine sur le toit", sourit la dirigeante. Diplômée de l’EM Lyon, passée par le monde de l’hôtellerie à Paris et à Londres, Célia Chambon fait alors son entrée dans le groupe, en prenant la direction du Pullman en 2005. "Cet établissement connaît une rénovation tous les 10 ans, par volonté de maintenir son positionnement haut de gamme", indique-t-elle. Le dernier cycle de travaux, en 2023, a vu la rénovation des 87 chambres, la création d’une nouvelle salle de restaurant et d’un spa avec piscine intérieure. Le pôle SFH va aussi grandir avec le rachat du Grand Hôtel Thalasso & Spa (5*) de Saint-Jean-de-Luz en 2001, avec l’ouverture de la Villa Haussman (4*) à Paris en 2016, tandis que le Mas de Pierre (5*) et la Bastide de Biot (4*) sont rénovés à Saint-Paul-de-Vence en 2005 et 2019.
Écrire l’histoire
La transmission des rênes de la Socri par Henri Chambon, en 2022, crée néanmoins une série de désaccords entre Célia et son frère Nicolas. La première, nommée directrice générale du groupe en 2020, en devient la présidente cette année-là et le rebaptise Elancia, par volonté de rapprocher les pôles immobilier commercial et hôtellerie. Le second se déporte vers sa propre société, fondée en 2003, qui rachète le Polygone de Béziers. Sans lien avec cet épisode, Elancia avait déjà commencé à redéfinir son périmètre, en cédant d’autres actifs (les Polygones de Nice et de Cagnes-sur-Mer, la Villa Maillot à Paris) au fil du temps, avant de se stabiliser autour de son portefeuille actuel, formé du Polygone Montpellier et de 5 hôtels. Mais le groupe reste fidèle à sa ligne directrice, que résume Célia Chambon : "Nous restons orientés vers le très haut de gamme dans l’hôtellerie. Mon père m’a formée pour ça. Les clients venus de Marseille, Toulouse ou Clermont-Ferrand ont droit au plus grand confort. De même, il doit toujours se passer quelque chose dans nos établissements, y compris au Polygone. Nous écrivons une histoire par rapport au lieu, à son image, à son environnement". Ainsi, le Grand Hôtel de Saint-Jean-de-Luz fait l’objet d’un plan de rénovation de 7 millions d’euros en vue d’une réouverture en 2026. Le Mas de Pierre, devenu le site le plus luxueux du groupe, se présente aujourd’hui comme un resort de 76 chambres installé sur un domaine de 3 ha.
Des forces venues de l’intérieur
Cette histoire va continuer à s’écrire puisque, sur le volet hôtelier, Elancia étudie de possibles acquisitions dans les zones où le groupe est déjà présent, comme l’Hérault, le Pays basque ou la Côte d’Azur. Sur le volet commercial, le Polygone reste en croissance continue, malgré les difficultés grandissantes de la GMS. "Je ne suis pas inquiète car nous restons innovants. Des enseignes comme Aroma-Zone et Maisons du Monde ont récemment testé chez nous de nouveaux concepts de magasins. Les cellules vides parmi nos 110 boutiques ne le restent pas longtemps", assure Célia Chambon.
La dirigeante insiste aussi sur la dimension RSE du groupe : 69 postes de direction sont occupés par des femmes. Un tiers d’entre elles ont bénéficié d’une promotion interne, à l’image d’Aurélie Garnier, arrivée comme réceptionniste à l’hôtel Pullman, et désormais DG du Polygone. De même, Elancia épaule de nombreuses associations, comme Enfance et Partage ou la Fondation Saint-Pierre. Pas moins de 30 actions caritatives ont été menées en 2024. Une façon de plus de participer au grand roman montpelliérain.