Nicolas Centomo est un homme d'opportunités. Directeur général de MetalBall, TPE de 14 salariés à Grisolles (82) qui fabrique des billes en acier et en céramique, cet ancien de la société aéronautique Antavia (82) a rapidement compris le danger d'être trop dépendant du secteur aéronautique. « Quand l'entreprise s'est développée, en 2010, elle réalisait un chiffre d'affaires de 577 K€ dont 76 % pour l'aéronautique, témoigne-t-il. En 2015, notre chiffre d'affaires est de 757 K€, dont 45 % dans ce secteur. » Une proportion qui devrait continuer de diminuer. Vers quels secteurs se tourner, quand on produit des petites et moyennes séries de billes spéciales pour l'aéronautique ? « Nous nous diversifions dans les tubes à rayons X (pour des applications d'imagerie médicale, ndlr), avec notamment comme client aujourd'hui GE USA, mais aussi dans la pharmacie, puisque nos billes peuvent être insérées dans des sprays par exemple. » Les atouts de MetalBall dans ce processus de diversification ? « Notre traçabilité et nos capacités de contrôle, les résultats positifs des audits clients, notre certification EN9100 : un niveau d'exigence élevé qui vient de l'aéronautique », estime Nicolas Centomo.
Se diversifier d'abord dans son secteur
« C'est quand on a de gros pépins qu'on s'aperçoit que notre entreprise n'était pas assez diversifiée», alertait en octobre Louis Gambino, président du cabinet Quadrium, lors de la conférence du Club Stratégie Achats organisée pendant le salon du Siane à Toulouse. Or, de nombreuses sociétés aéronautiques considèrent cette démarche comme impossible. Pourtant, avant d'analyser d'autres secteurs, une diversification peut déjà se mener sur les produits ou les technologies, ou sur le portefeuille clients. On peut passer de l'embarqué au segment sol, du civil à la défense, du client constructeur à la compagnie aérienne ou au centre de maintenance.
Dans tous les cas, une démarche de diversification est « un choix lourd de conséquence et de niveau stratégique, qui doit impliquer le dirigeant et son premier cercle, et qui nécessite des moyens », pour reprendre les termes de Louis Gambino. Et cela prend plus de temps qu'on le ne souhaiterait. Défi 12, bureau d'ingénierie mécanique aveyronnais, à titre d'exemple, a mis cinq ans pour entrer dans l'agro-industrie. Et n'a pas attendu les baisses de charges pour entamer la démarche. « On était full up quand on s'est diversifié, témoigne le président Bernard Dalmon. C'est dans le cadre d'un plan de diversification de la CCI Midi-Pyrénées que nous avions identifié l'agro-alimentaire. » Il est souvent nécessaire de se rapprocher de partenaires pour réussir une diversification. Défi 12, qui s'est aussi engagé dans le secteur des énergies renouvelables, a ainsi créé GHMV, un groupement d'entreprises, pour se diversifier sur la rénovation de barrages hydroélectriques dans la région.
Conscients des écueils inhérents à cette démarche, Madeeli et Aerospace Valley ont organisé le 12 janvier une animation sur ce thème, dans le cadre du groupe de travail "Couplage matériaux et procédés : aéronautique et diversification" de la Stratégie régionale d'innovation. Deux études financées par la Direccte et pilotées par Aerospace Valley ont été dévoilées, sur le marché de l'énergie et sur la santé.
Les synergies dans l'énergie et la santé
Dans le secteur de l'énergie, « qui comporte une nébuleuse de segments contrairement à l'industrie aéronautique fortement verticalisée » d'après le cabinet Quadrium chargé de l'étude, les opportunités existent mais sont variables. « L'oil and gas est un secteur économique important, bien qu'en difficulté aujourd'hui à cause de la baisse du cours du pétrole. Mais il reste assez accessible pour les PME aérospatiales, qui peuvent par exemple proposer des solutions de capteurs sans fil ou de géoréférencement », note Louis Gambino. Autres segments intéressants : les smart grids - « Secteur qui démarre avec un gros potentiel, assez accessible »-, les éoliennes - « Des synergies possibles sur les matériaux des pales » -, le photovoltaïque - « Une seule synergie, sur le stockage d'énergie »-, le stockage d'énergie hydrogène - « Un acteur en région s'y intéresse, Stelia Aerospace Composite, sur les réservoirs d'hydrogène », ou encore la mobilité électrique - « Des possibilités sur les piles à combustible ».
Quant à la santé, les sociétés aérospatiales peuvent trouver un intérêt à prospecter le segment du dispositif médical, avec des compétences en fabrication additive, en miniaturisation, en cybersécurité. L'imagerie médicale et la e-santé peuvent aussi avoir besoin de compétences en algorithmes intelligents, en robotisation d'équipements, en stockage de données ou en serious games. « Identifiez vos savoir-faire, cartographier les entreprises du secteur proches de chez vous, positionnez-vous d'abord en sous-traitant », conseille Valérie Guarnota, consultante biotech chargée de l'étude.
Conscient de la nécessité pour les PME aérospatiales de se diversifier, de manière à éviter les baisses de cycle et les trop grandes dépendances, Aerospace Valley a d'ailleurs signé le 19 janvier un accord de partenariat avec le pôle Cancer-Bio-Santé. Objectif : utiliser les technologies aérospatiales dans les domaines de la santé et du vieillissement. « Ces deux secteurs ont en commun une rigueur normative et réglementaire », a rappelé à cette occasion Nadia Pellefigue, vice-présidente de Région, présente pour marquer le soutien de la Région à cette alliance qui s'inscrit dans le cadre du décloisonnement des filières.
Contacts :
Aerospace Valley : Gérard Ladier @email
Madeeli : Christelle Guillon - @email
CBS : Leïla Ameur @email