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Des chaises d’écoles à ceux du culte, le mobilier de Stella continue de briller
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Des chaises d’écoles à ceux du culte, le mobilier de Stella continue de briller

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Le concepteur et fabricant de mobilier réputé pour sa durabilité et son élégance, qui a connu son âge d’or dans les années 1950, survit encore, passant de main en main au fil des reprises par plusieurs entrepreneurs. Depuis 2022, Jean-Claude Richard préside à sa destinée, en la dédiant aux marchés du culte et du funéraire.

Stella s’est lancée dans le mobilier scolaire dès les années 1930 — Photo : Stella

Fidèle au leitmotiv de son fondateur Léon Ruisseau — « N’est bien que ce qui dure » — la marque tarnaise de mobilier Stella, centenaire, résiste à l’épreuve du temps. Les nombreuses vicissitudes qui ont émaillé sa vie économique, de reprises en reprises au fil des époques, après son apogée dans les années 1950 où elle employait près de 500 personnes à Labruguière (Tarn), auraient pu conduire à sa perte définitive en mars 2018, lorsque la société (28 salariés et un chiffre d’affaires de 2,70 M€), alors spécialisée dans l’ameublement pour les collectivités et les entreprises, avait été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Castres.

Chaise indislocable

À l’époque, son dirigeant, Benoît Puech, n’avait pas trouvé de repreneur. Mais en juin 2018, le fabricant graulhétois Acorh, spécialisé dans la conception et la production de mobiliers en petites et moyennes séries pour l’agencement de magasins en réseaux, de grandes surfaces et de collectivités, se porte acquéreur de Stella. Ses deux associés, Jean-Louis Dourlies et Jean-Claude Richard, sont intéressés par la renommée de la marque. Stella a bâti sa réputation dès l’origine, en 1922, en créant des « chaises indislocables » en bois de hêtre, puis en se diversifiant au cours des années 1930 dans la production de mobiliers scolaires. « Moi-même, j’étais assis sur des chaises Stella quand j’étais à l’école », sourit Jean-Claude Richard, ingénieur des Arts et Métiers et passionné par l’histoire de la marque.

Jean-Claude Richard est le propriétaire actuel de la marque Stella, depuis 2022 — Photo : Stella

« Je voulais continuer à faire vivre Stella plus fort, raconte ce dernier. Jean-Louis, lui, était plus intéressé par la marque Acorh, qui avait été créée par son père. J’ai donc repris Stella à 100 % et je suis le seul propriétaire de la marque depuis 2022. Aujourd’hui, la structure Stella est exclusivement commerciale (CA 2024 : 400 000 €), elle ne possède plus d’usine. Mais les meubles sont toujours fabriqués à 95 % en Occitanie, avec le savoir-faire originel. » Dès sa reprise en 2018, le nouveau dirigeant avait décidé de repositionner l’offre de Stella, laissant de côté les marchés publics, à l’exception de ceux du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) ou de structure comme l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA). Ses deux axes sont dorénavant le culte, une vieille tradition de la maison, et le funéraire, en plein développement.

Le marché du funéraire

Dans les années 1960, déjà, Stella avait par exemple agencé la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre ou encore la Basilique Saint-Pie-X de Lourdes. « Ce sont des marchés privés, avec très peu de concurrence », souffle le dirigeant. En juin 2019, aussi, le Centre européen du judaïsme (CEJ) choisit Stella pour la fabrication des 600 assises de la synagogue. « Le funéraire est un marché qui se porte bien, résume Jean-Claude Richard. Il est innovant et il bouge tellement que nous sommes obligés d’être forces de proposition en permanence. C’est un secteur d’activité économique en pleine évolution. » Associée depuis les années 1930 à la qualité et la durabilité, Stella rassure sa clientèle par son caractère indestructible, mais aussi par le confort et l’élégance de ses modèles.

L’usine Stella à Labruguière (Tarn), son berceau originel — Photo : Stella

En 1947, l’entreprise participe à l’Exposition universelle, dédiée à l’habitat et à l’urbanisme. Pour l’occasion, elle fabrique une chaise géante, de plus de 6 mètres de haut, qui lui vaudra d’être remarquée et qui sera utilisée par la suite pour habiller son magasin d’usine à Labruguière. Dans les années suivantes, le commerce avec l’Algérie bat son plein : sur les trois à cinq wagons de mobiliers qui partent chaque jour, la moitié est destinée au marché algérien. La perte de celui-ci à partir de l’indépendance du pays en 1962, et la montée en puissance de la concurrence étrangère (pays de l’Est, Espagne, Italie), fait entrer Stella dans une conjoncture défavorable.

Le groupe Montlaur à la rescousse

En 1975, le groupe Montlaur, une chaîne de grandes surfaces bien connue dans le sud de la France, sauve une première fois Stella de la faillite. La marque, d’une certaine manière, demeure dans la famille : Michel Montlaur, le président du groupe éponyme, est en effet le gendre de Louis Ruisseau, fils du fondateur Léon Ruisseau, qui dirige l’entreprise depuis 1970, en tandem avec Albert Meillère. En 1976, son époque Colette Montlaur, petite-fille de Léon Ruisseau, prend officiellement la direction de Stella. Cinq ans plus tard, Stella quitte Labruguière, son berceau originel, pour s’installer à Aussillon-Mazamet. Dans la décennie 1980, Stella cherche à s’affirmer comme « le fabricant français de mobiliers pour les collectivités, l’hôtellerie et la restauration. »

Mais en mars 1991, nouveau coup dur : le groupe Montlaur dépose le bilan et entraîne Stella dans sa chute. Elle est alors reprise par les cadres dirigeants de l’époque : Christian Lauverjat, nouveau gérant, et Claude Alquier, directeur commercial. Ensemble, ils créent « La société nouvelle des usines Stella », qui emploie alors une quarantaine de salariés et compte 1 570 références de mobiliers. Hélas, Stella doit se résoudre à un nouveau dépôt de bilan en juillet 1995, suivi d’une liquidation en décembre de la même année.

En 1947, l’entreprise participe à l’Exposition universelle, dédiée à l’habitat et à l’urbanisme. Pour l’occasion, elle fabrique une chaise géante, de plus de 6 mètres de haut, qui sera utilisée par la suite pour habiller son magasin d’usine à Labruguière — Photo : Stella

Et l’étoile rebondit encore : l’entrepreneur Michel Pradelle crée Medi SA et reprend la marque, les actifs et une trentaine de salariés. Ce dernier positionne Stella sur la niche en forte croissance de l’équipement des résidences étudiantes puis sur l’agencement de magasins. L’entreprise revit et son chiffre d’affaires grimpe jusqu’aux 3 millions d’euros en 2005. En 2013, Michel Pradelle, l’âge avançant, passe la main à Benoît Puech, ancien entrepreneur mazamétain dans le domaine des assurances. On connaît la suite.

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