À l’écouter, il en serait tombé… de sa chaise. "Nous avons été fortement surpris, ça oui ! Nous avons même pris un temps de réflexion. Fabriquer 1 500 chaises en si peu de temps, ce n’est pas rien et pour Notre-Dame en plus !", sourit Alain Bastiat, gérant de Sièges Bastiat (1,5 M€ de CA en 2023).
Et pourtant, à quelques semaines de la réouverture de la cathédrale prévue le 7 décembre tout est prêt : 1 500 chaises, 160 agenouilloirs, 40 bancs et 60 prie-Dieu, produits en 10 mois par les 17 salariés de la PME landaise d’Hagetmau, spécialisée dans la conception et fabrication d’assises pour des distributeurs haut de gamme (architectes, designers…). "Nous avions déjà des marchés importants pour l’hôtellerie, mais c’est notre premier grand compte et le plus important en volume."
Entreposé dans un lieu sécurisé, le mobilier s’apprête à être convoyé par camion jusqu’à Paris, après avoir été béni par l’évêque des Landes. "Cela non plus ça n’arrive pas tous les jours…" La direction de Bastiat assistera à l’installation dans la nef "pour savourer et nous assurer que tout se passe bien. Nous serons parmi les premiers à voir Notre-Dame de Paris terminée", se réjouit le dirigeant.
200 000 euros pour doubler la capacité de production
La PME a été contactée en janvier 2023 par la designer bretonne Ionna Vautrin, une des cinq sélectionnés pour l’appel d’offres fermé lancé par le Diocèse de Paris. À l’inverse de la structure de la cathédrale gérée par l’État, le mobilier relève de l’Église et du droit privé. "Nous avions quelques mois pour présenter un premier dossier et un prototype répondant à un cahier des charges précis (nombre, délai, empilabilité, normes incendie, durabilité, attaches, etc.). Il y a peu de fabricants contemporains en France, je connaissais Bosc (la marque de Bastiat, NDLR) de réputation", raconte-t-elle.
"C’est une mise en lumière extraordinaire. Ce contrat nous a permis de passer un cap."
"Il a rapidement fallu se positionner sur notre capacité à produire en fonction du dessin", poursuit Alain Bastiat. Sans attendre le verdict, l’entreprise a investi dans une nouvelle machine fin 2023, un second centre d’usinage numérique à 200 000 euros qui lui a permis de doubler sa capacité de production. "Nous ne voulions pas risquer que notre seule machine tombe en panne", précise Sylvain Bastiat, directeur commercial et représentant de la troisième génération.
Quand il s’est agi de lancer le premier prototype, Alain Bastiat s’est même gardé de préciser le client à son équipe. "J’ai juste dit que c’était une chaise pour une église. Ce n’est que pour accélérer le mouvement que j’ai avoué que c’était Notre-Dame de Paris."
100 % local
Bastiat a déniché sa matière première - du chêne massif français labellisé PEFC - chez un partenaire de confiance, la scierie du Loir-et-Cher Gaudelas (30 salariés, 15 M€ de CA) et auprès du bourguignon Ducerf (160 salariés, 40 M€ de CA) capable de fournir le lamellé-collé de l’assise. Le reste du savoir-faire est 100 % local : les pieds ont été tournés par l’EURL d’Hagetmau Favaro, les dossiers ont été repris à la main par le sculpteur Aray, les attaches en laiton viennent de la SAS Almeca à Saint-Paul-lès-Dax et le gravage de Woodstache à Capbreton.
Une mise en lumière "extraordinaire"
La production a démarré en février 2024, avec une moyenne de 24 chaises par jour, sous les feux des projecteurs. "Nous avons reçu des visites de groupe, de presse. C’est une mise en lumière extraordinaire. Ce contrat nous a permis de passer un cap. Nous avons répondu à de nouveaux appels d’offres de grands comptes, et certains ont déjà abouti." Sylvain Bastiat s’attend à une nouvelle vague, "quand les chaises seront visibles dans la cathédrale et que tout le monde sera assis dessus."
Bastiat Siège assurera par ailleurs la maintenance des assises de Notre-Dame de Paris. Pendant combien de temps ? "Je ne sais pas, à vie ?" s’amuse Alain Bastiat.