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Dans le rouge, Bonduelle lance un plan de transformation à trois ans
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Dans le rouge, Bonduelle lance un plan de transformation à trois ans

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Le groupe Bonduelle, basé à Villeneuve-d’Ascq (Nord), clôture son année fiscale avec un chiffre d’affaires annuel en repli et un résultat net négatif. Engagé dans un plan de transformation stratégique à trois ans, le groupe agroalimentaire envisage de stabiliser l’activité sur l’exercice 2024-2025, avant d’augmenter sa rentabilité d’ici à 2027-2028.

Entré dans le rouge sur l’exercice 2023-2024, le groupe nordiste Bonduelle compte redresser la barre en trois ans — Photo : Nicolas Blandin

"Nous ne voulons pas connaître le même sort que Kodak ou Pan Am", a annoncé d’entrée de jeu Xavier Unkovic, directeur général du groupe Bonduelle (11 000 salariés) lors de la présentation de l’exercice 2023-2024 du groupe agroalimentaire. L’industriel voit ses comptes annuels basculer dans le rouge avec un résultat net du groupe qui s’établit à - 120 millions d’euros au titre de l’exercice 2023-2024, contre un bénéfice net de 14,5 millions d’euros pour l’exercice précédent. En cause ? La prise en compte "d’éléments non récurrents, ayant un impact fort sur l’exercice". Ces derniers s’élèvent à - 145 millions d’euros, principalement composés de la dépréciation d’actifs incorporels de l’activité frais en Amérique du Nord d’une part et de la dépréciation à 100 % des actifs de l’usine de Saint-Mihiel dans la Meuse (Grand Est) d’autre part (5 millions d’euros). À cela s’ajoutent l’accroissement du besoin en fonds de roulement, dû notamment à l’inflation, et enfin, la poursuite de la hausse des taux d’intérêt.

Trois ans pour redresser la barre

"Le chemin du redressement est engagé mais il est long. Nous sommes sur une échéance à trois ans", reconnaît Grégory Sanson, directeur général adjoint du groupe. En revanche, Bonduelle a amélioré sa rentabilité opérationnelle courante sur la période, qui s’élève à 75 millions d’euros, soit une progression de 30,5 % à taux de change et périmètre constants par rapport à l’exercice 2022-2023 (+ 14,3 % en données publiées). Les ventes, elles, se stabilisent, reculant de 1,4 % sur un an en prenant en compte les variations de change, pour s’établir à 2,37 milliards d’euros, contre 2,406 milliards d’euros en 2022-2023. Celui qui a pris la direction générale du groupe il y a dix-huit mois explique que "cela ne suffit pas. Nous avons encore plus d’ambition pour entrer dans un processus de croissance pérenne".

Grégory Sanson, directeur général adjoint du groupe Bonduelle — Photo : Bonduelle

L’heure est à l’efficience

L’objectif du groupe agroalimentaire nordiste est clair : améliorer sa performance financière, pour pouvoir retrouver des marges de manœuvre et accélérer l’innovation, en direction par exemple de la cuisine végétale. Au programme, efficacité et mutualisation. D’où le souhait de se séparer des activités de salade en sachet en France et en Allemagne et de fermer son site de production de Saint-Mihiel. "Nous avons trouvé des partenaires mieux équipés", pour reprendre le flambeau, ajoute-t-il. Une décision que le directeur général justifie par le fait de ne pas pouvoir "opérer des business qui sont en perte", eu égard à la baisse de 15 % de ses ventes dans ces pays, en lien avec l’inflation et la concurrence des marques de distributeurs. Néanmoins, il affirme que "c’est la seule restructuration industrielle".

Un vaste plan d’économies

Dans son plan à trois ans, le groupe prévoit d’économiser l’équivalent de 2,5 % de son chiffre d’affaires chaque année pour pouvoir réinvestir. "On doit travailler notre efficience avant d’investir. Cela passe par l’excellence opérationnelle qui sera la norme avec un cœur de gamme modernisé", insiste le directeur général. Après la stabilisation de l’activité et de la rentabilité en 2024-2025, le groupe entend rebondir en 2025-2026 et accélérer sa performance en 2026-2027. Pour ce faire, Bonduelle a détaillé une feuille de route pour l’entreprise.

Miser sur les marques propres

En termes de stratégie, le groupe veut investir sur ses marques phares, qui représentent 60 % de l’activité. Pas question d’accroître le segment des marques de distributeurs (MDD), qui représentent 39 % du chiffre d’affaires.

"Nous n'avons pas vocation à nous développer comme acteur de MDD"

"Notre business comporte des marques fortes. Nous n’avons pas vocation à nous développer comme acteur de MDD", justifie le directeur général. Le dirigeant veut offrir différentes solutions de repas, en répondant notamment au besoin de snacking avec des formats mini et des offres "petite faim" à moins d’un euro, ou encore en lançant la marque Cassegrain dans les linéaires du frais en mars prochain. Son ambition ? "Réveiller les bénéfices de nos produits", et revitaliser et moderniser les conserves. Car si la conserve est une activité "résiliente" qui représente près de la moitié du chiffre d’affaires (47 %), elle fait pourtant partie des "derniers rayons où les gens vont dans un supermarché", constate le directeur général.

Un focus sur l’Amérique du Nord

Si les comptes ont été plombés par sa filiale américaine avec une dépréciation d’actifs sur place de 131 millions d’euros, Bonduelle mise beaucoup sur l’Amérique du Nord, qui représente 25 % de ses ventes. Le groupe va y introduire sa marque iconique du même nom, notamment en innovant sur le segment historique des lunchs bowls. "Il n’y a aucune raison que nous ne réussissions pas en Amérique du Nord, assure Xavier Unkovic qui avait été recruté en mai 2023 pour relancer le groupe sur ce marché. Nous sommes très confiants". Et surtout, l’entreprise s’est donné les moyens de réussir. "On a une vraie stratégie de distribution et de différenciation", ajoute-t-il.

Souhaitant redevenir profitable sur le premier marché alimentaire mondial, Bonduelle a prévu de renforcer ses investissements publicitaires et marketing, en consacrant plus de 8 millions d’euros à ses marques Outre-Atlantique. Plutôt que "de faire des grandes campagnes télé ou dans la rue", le groupe veut "s’appuyer sur les fortes compétences des distributeurs en termes de géomarketing". Présent dans plus de 100 pays, Bonduelle entend accélérer partout et notamment "reprendre le leadership européen", la zone Europe représentant 65,7 % de l’activité.

Xavier Unkovic, nommé directeur général du groupe Bonduelle en juin 2022 — Photo : Groupe Bonduelle

Une certification B Corp en cours

Se félicitant d’être intrinsèquement vertueux, le groupe veut aller plus loin. Avec la mise en service en juin dernier d’une chaufferie biomasse de 6,7 MW dans son usine historique de Renescure, dans le Nord, l’industriel souhaite réduire de 38 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035. Pour l’heure, ses émissions sont en retrait de - 13,8 %. Autre action, encourager l’agriculture régénératrice. 58 % des producteurs travaillant avec le groupe sont engagés dans cette démarche et l’objectif est d’atteindre les 80 % en 2030. Par ailleurs, l’industriel affiche depuis 2018 une ambition claire : être certifiée B Corp à 100 % d’ici 2025 pour apporter "une transparence aux consommateurs" et avoir "une crédibilité dans ce que l’on fait".

Pour l’heure, 80 % du chiffre d’affaires du groupe est labellisé, avec l’obtention de la certification internationale B Corp TM dans neuf pays, reflétant la volonté du groupe de "devenir une entreprise attractive avec un impact social et environnemental reconnu par tous", souligne Xavier Unkovic. Le label, qui analyse "notre façon de travailler avec nos clients, nos fournisseurs et nos collaborateurs colle à notre démarche de progrès", se félicite Céline Barral, directrice de la stratégie, des marques et de l’impact du groupe. "Cela implique la collaboration de tous nos salariés", rappelle-t-elle.

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