« Il y a très clairement moins de transactions aujourd'hui », constate Éric Gambino, directeur d'In Extenso Transmission. La faute à la crise économique dont les conséquences freinent à plusieurs niveaux le marché. D'un côté, avec des chiffres d'affaires, des résultats et des carnets de commandes généralement en baisse, les cédants sentent que ce n'est pas forcément le moment adéquat pour vendre. De l'autre, les repreneurs potentiels ont très peu de visibilité. « Nous sommes dans le brouillard total, ce qui amène de gros doutes sur les résultats», explique Francis Larvor, dirigeant de BCE Associés. Et cette incertitude a évidemment un coût. D'autant qu'un repreneur « bâtit un plan de financement généralement sur sept ans. Sans visibilité, c'est très difficile et les repreneurs se font moins nombreux», renchérit Dominique Liguet, de 3CGE. À cela, s'ajoute le problème du financement bancaire. «Les banques et les fonds d'investissement sont en repli sur ce marché », assure Francis Larvor. Une étude de Coller Capital montre en effet qu'environ un quart des fonds d'investissement ne survivra pas à la crise.
Remise en cause du LBO ?
En termes de montage financier, le LBO semble aujourd'hui avoir du plomb dans l'aile. «Ce montage permet au repreneur de financer son acquisition grâce aux bénéfices dégagés par l'entreprise. Vu le contexte, c'est moins évident de procéder de cette façon. Et beaucoup de LBO réalisés en2007 et 2008 coincent aujourd'hui», soutient le dirigeant de BCE Associés. Si une enquête de l'Association française des investisseurs en capital (Afic) fait état d'une « dérive de l'endettement», elle estime que cela «ne remet nullement en cause » le modèle économique du LBO. 20% des entreprises reprises en utilisant ce montage ne pouvaient toutefois plus faire face à leurs engagements bancaires fin 2008, continue l'Afic, les quatre cinquièmes ayant réussi à trouver une solution négociée avec leurs banques. « Les LBO, on en voit encore », assure pour sa part Éric Gambino. Reste que pour que le modèle fonctionne, il n'y a généralement pas 36 solutions : soit l'acquéreur dispose d'un apport personnel plus conséquent, soit le cédant doit revoir son prix à la baisse. Compte tenu de ces éléments, les valorisations des entreprises « peuvent baisser de 20% par rapport à il y a deux ans », estime le dirigeant du cabinet de conseil 3CGE. Le cédant ne pouvant attendre sera-t-il donc forcé de brader son entreprise ? Pas forcément. Surtout s'il est positionné sur une niche porteuse, à court et moyen terme. Et s'il est en mesure de trouver un acquéreur très carré.
Des alternatives ?
Sinon, les alternatives sont loin de faire l'unanimité. Certains évoquent l'option du crédit vendeur par lequel l'acquéreur apporte au départ une partie du montant de la transaction (entre 30 et 50% généralement). Le reste du paiement sera étalé sur une période à déterminer entre les deux parties. Une clause de ? earn out ? pourra même indexer une partie du prix de la société en fonction de ses résultats futurs. L'option peut toutefois être mal vue par le cédant dont le complément de prix dépend des résultats obtenus par son successeur. Une autre possibilité consiste à programmer une montée progressive du repreneur au capital. « Cela peut constituer un plan B très intéressant. Mais, il faut que le binôme fonctionne bien, avec une répartition très claire des rôles dès le départ », conseille Francis Larvor.