Moine, prêtre et chef d'entreprise, le frère Marie-Pâques est un personnage ! En l'écoutant lors d'une conférence*, on l'attend au tournant de l'argent et de la morale, du profit et de la justice sociale. Ce moine chef d'entreprise dirige les sociétés qui vendent les vins et autres produits de l'abbaye de Lérins, sans gagner un centime pour lui mais au profit de sa communauté. Ses propos sont assez décalés par rapport à ce qu'on entend souvent dans la bouche de certains prêtres ou dans des associations humanitaires. Au nom de l'intérêt pour les plus pauvres, de la justice sociale, du partage, certains condamnent le profit, en clouant au pilori les patrons doublement coupables de cumuler l'argent et le pouvoir. D'abord, signalons que patron n'est pas toujours synonyme de pognon. Les créateurs d'entreprises dépensent en général plus que ce qu'ils gagnent et engagent beaucoup de risques et d'efforts avant d'engranger le moindre euro. Et parfois l'échec les a empêchés de gagner quoi que ce soit, voire les a ruinés. Sont-ils présents les humanitaires quand ces entrepreneurs sont à terre ? Que l'intérêt pour les pauvres, la justice sociale et le partage soient des idéaux parfaitement bons et légitimes que nous devions mettre en oeuvre, parfaitement d'accord. Mais pour partager les richesses, il faut d'abord les créer rappelle le frère Marie-Pâques. Et l'entreprise est LE lieu de la création de richesse; elle est donc un indispensable bien d'intérêt social. En justifiant le profit, le moine rappelle avec force que l'important c'est le sens et l'utilisation que nous faisons de l'argent, qui doit profiter à tous, qui ne peut justifier des rémunérations indécentes, qui ne peut être le seul guide de l'action des entreprises et des actionnaires, qui doit être orienté vers le bien des salariés. Oui donc au profit bien utilisé et partagé. *Organisée à Nantes par Fondatio et les Entrepreneurs et dirigeants chrétiensENTRE NOUS par Vincent Combeuil
Directeur des rédactions